Extension du domaine du
rond point

raphaël chabloz

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 Espace collabo 
le 04/10/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais c'est Mitt Romney qui a remporté le débat. Les juges l'ont déclaré vainqueur à l'unanimité par ippon dans le troisième round. Ça a l'air super important. Quelque part, aux Etats-Unis, peut-être à Punxsutawney mais peut-être pas, d'ailleurs ce n'est pas le sujet, il y a des gens, ils sont, je ne sais pas, représentants en articles de toilettage canin, ou compositeurs de musiques d'attente pour administrations municipales, je ne sais pas, je ne les connais pas vraiment, des gens qui se disent "ah tiens, j'allais voter Obama, mais il a perdu le débat". Ils n'ont pas regardé, hier soir, leur fils cadet Polgar avait une répétition avec son club de ballet, ils ont dû aller le récupérer avec le 4x4 parce que leur fille aînée Gunda avait cassé l'autre voiture en sortant du garage, depuis elle est consignée (mais il faut aussi dire que j'ai une vision des Etats-Unis principalement basée sur les sitcoms des années 90)(sauf pour les prénoms), mais ils ont entendu dire à la radio qu'Obama avait perdu le débat et, du coup, ils vont plutôt voter pour Ralph Nader. Parce que bon, perdre le débat, quand même, ça ne se fait pas, ce n'est pas comme ça qu'on nous a éduqués (rires). 
 
Et c'est pile leur voix qui va faire balancer le Connecticut (ou l'Indiana, je ne suis pas raciste) et ainsi faire pencher la balance, et c'est quand même ballot parce que d'habitude, ils n'écoutent jamais la radio mais là Ramuncho, leur labrador, a appuyé par inadvertance sur le bouton en essayant de ratrapper le frisbee que lui lançait Hans, le voisin noir homosexuel handicapé. Alors bon, quand on voit les milliards que les candidats investissent malgré la crise dans leurs campagnes pour tout perdre sur une blague mal placée en deuxième partie de débat, je me dis que finalement, on aurait mieux fait d'organiser directement des championnats du monde de débat, et à la fin le gagnant est président et tout le monde s'embrasse.

 Espace collabo 
le 06/07/2012
 

On m'a demandé une chronique "plus cycliste" alors je me suis mis en danseuse. Le plus dur, ça a été de trouver des ballerines en 46. Le Tour de France arrivera bientôt à la Planche-des-Belles-Filles, avant de repartir le lendemain pour Porrentruy (je suis sûr que je passe à côté d'un jeu de mots génial). Je ne vous connais pas bien, mais je suis sûr que vous êtes nombreux à rester insensibles à la froide beauté d'une attaque au pied de l'Alpe d'Huez. Mais même pour le cyclistophobe convaincu, le Tour de France a ses qualités.

Quand vous trépignerez au beau milieu du peloton des départs en vacances, au cours d'une longue étape un peu insipide entre le péage de Chatuzange-le-Goubet et l'aire de la Coucourde, sans le moindre espoir d'échappée, coincés entre deux caravanes dont aucune ne vous distribuera de main géante, par exemple. Coincé là, sans porteur d'eau, avec à votre gauche un village pittoresque dont vous ignorez totalement le nom et encore plus si quelqu'un de vaguement célèbre y est jamais né, droit devant un château du 13e ou 18e siècle, dont l'histoire est probablement forte et tragique, mais comment le savoir ?, et à votre droite une centrale nucléaire sur laquelle il existe probablement mille anecdotes croustillantes. C'est vrai qu'ils sont plaisants, tous ces petits villages, tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités. Mais bon, si on s'arrête dans tous les bleds où il y a une église et probablement un musée pittoresque, le musée de la barbe artisanale, ou celui du chapeau melon, on n'arrivera jamais à la mer avant l'apéro, et puis la dernière fois qu'on a désobéi au GPS, ça a failli mal se terminer, alors est-ce bien la peine ?
C'est dans ces moments-là que vous auriez bien besoin d'un Jean-Paul Ollivier portatif.

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le 29/02/2012
 

On m'a demandé une chronique « plus grecque ». En effet, bien des lecteurs de « Vents Contraires » s'interrogent, et c'est légitime, sur l'opportunité de racheter la Grèce pour un euro symbolique et, comme je suis suisse, je m'y connais forcément bien en symbolique.  
Bien entendu, le futur acheteur aura des frais. Déjà bien avant la crise actuelle, il y avait beaucoup de laisser aller dans la gestion du patrimoine culturel. C'est plein de ruines partout, une catastrophe.
Il faudra également songer à retravailler un peu la mythologie. C'est d'un compliqué ! Et que je me transforme en pluie d'or, et que je sors de ta cuisse, et que je suis Dieu des récoltes, des bichons, des mardis et des boissons chaudes... Prenez la mythologie suisse : une flèche, une arbalète, c'est simple, c'est efficace. L'idéal, pour le futur acheteur, serait d'adapter quelques séries en dessin animé. "Jason 42", par exemple, ça pourrait marcher. Ou "le masque de Zorba", à la limite.  
Une chose importante, il faudra repenser le nom. Grèce, c'est très péjoratif, à cause de l'homonymie. Hellas, on n'en parle même pas. J'avais pensé à un truc plus sain, mais qui reste dans l'hellénistique : Omega trois.  
Pour la bouffe, ça manque un peu de typicitude. Yaourt grec, sandwich grec, salade grecque : rien de très original, qui n'a pas son yaourt, son sandwich et sa salade, de nos jours ? Il faudra revoir ça  
Mais sinon, le côté mer bleue, toits blancs, très bien, très vendeur. A la limite, moi, je revendrais toute la partie un peu montagneuse du pays. Et je recollerais toutes ces îles aussi. Le côté insulaire, c'est sympa, mais il faut pas tomber dans l'exagération.  
Voilà. Une dernière recommandation. Je sais que j'insiste un peu avec ça mais c'est important : le futur acquéreur de la Grèce devrait, à mon avis, renoncer au titre de champion d'Europe de foot 2004, je reste persuadé que tout ça n'était qu'une vaste plaisanterie.

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le 15/09/2011
 

Je passe, quotidiennement, beaucoup de temps dans ma voiture. Une obligation dont j'essaie de m'accommoder : cette parenthèse obligatoire (une parenthèse que même Philippe Jaenada trouverait longue, certes, mais une parenthèse tout de même) entre domicile et travail me permet de décompresser, de penser à autre chose. Alors qu'autrefois, dans le train, je lisais, dormais ou m'adonnais à des tâches aussi nobles que le dressage de Pokémon, je peux désormais laisser vagabonder librement mon esprit. Mais pourquoi il freine, ce con ? Et c'est une source constante d'inspiration, j'envisage ainsi de me lancer prochainement dans la biographie complète de ce débile là-devant qui se croit sans doute sur son tracteur, mais c'est quand même pas possible de traînasser pareillement ! C'est aussi dans ces moments-là que me viennent les idées pour ces chroniques hebdomadaires. Bon allez, avance, on n'a pas toute la nuit non plus. Et c'est là, alors que je longeais le magnifique lac de Neuchâtel et ses reflets enchanteurs que je me suis dit qu'il serait difficile de rédiger ce billet « plus énervé » que l'on m'avait demandé, tant la nature automnale invitait à l'apaisement, et que la vie était trop courte pour s'énerver et ces travaux, ils vont jamais les finir, ces travaux ? et en plus j'ai le soleil dans la gueule.

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le 27/06/2011
 

Phoebus dardait fièrement sa chevelure d'or. L'air ruisselait de paresse et de langueur. Au loin, seul le vrombissement léger des fuligules morillons venait troubler l'ordre public. C'était, je m'en souviens comme si c'était hier, hier. Je vaquais frénétiquement au labeur des oisifs : un auguste laboureur de mes amis m'avait fait savoir qu'il souhaitait m'échanger un mouton contre un poney rose dans Farmville. Quand l'ovin est tiré, il faut le boire, me dis-je, avant de revenir sur cette déclaration malencontreuse. Soudain, une tonalité lugubre et mélancolique m'arracha à mes songeries solitaires : la mélopée lancinante du chat de Facebook. Qui diable était l'importun qui, profitant sournoisement de mon addiction aux nouvelles technologies de l'information, poussait l'insolence jusqu'à s'en servir pour communiquer, alors même que Jean-Pierre Pernaut, loué soit son nom, venait de répéter avec aplomb à quel point ces dernières isolaient et causaient bien des soucis, plus que les jeux vidéos violents et le hard rock dont raffolent les adolescents, qu'on avait mis trop d'empressement à vilipender ? Eh bien, je vous le donne en mille ! Il s'agissait en réalité d'un sbire de VentsContraires.Net, ce repaire de gauchistes sans repères, venu m'enjoindre de me montrer, dans ma prochaine contribution, et je cite, « plus chamarré ». Comme si c'était mon genre, genre.

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le 18/05/2011
 

« Plus primesautier, la prochaine fois », m'a dit, péremptoire, mon mystérieux interlocuteur chez VentsContraires. « Quoi, ma prime va sauter ? »*, m'enquis-je, avant de me ressaisir. Primesautier, donc, qui ne signifie pas « qui gazouille dans les champs de primevère tel le chevreuil sautillant », comme trop de gens le croient encore aujourd'hui, mais vif, spontané, boulevardier (j'ai ouvert un dictionnaire des synonymes)(je sais bien que j'ai ainsi annihilé toute chance de primesautage, mais soyez gentils, faites semblant de ne rien avoir vu, regardez ailleurs, oh ! un chevreuil, n'est-il pas primesautier?). Or, ce n'est pas un problème pour moi : quand il s'agit de gagner les croquettes de mon chat, j'exerce la noble profession de journaliste, c'est dire si j'ai l'habitude d'écrire de manière vive, spontanée voire boulevardière. Alors que le patron du FMI tourne souvent sept fois sa langue dans sa bouche avant d'agir, nous autres scribouillards avons, hélas !, parfois tendance à oublier de tourner sept fois nos doigts dans le clavier avant de nous exclamer, par exemple, « C'est historique, plus rien ne sera jamais comme avant » à toutes les sauces, accident nucléaire, révolution nord-africaine, victoire d'Amiens contre Gueugnon. Alors oui, plus primesautier, je veux bien, mais ne vous attendez pas à une chute. Ce sont les aléas du direct.  
* J'ai volé ce désopilant calembour.

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le 26/08/2012
 

« Plus rusé, ton prochain texte », m’a-t-on demandé. Je me suis donc mis, pour chercher l’inspiration, dans la peau d’un renard, un animal qui, comme le prouve une récente étude de l’Université de Cambridge, est réputé pour sa ruse. Enfin, quand je dis « je me suis mis dans la peau », il faut le voir au sens métaphorique du terme, n’appelez donc pas immédiatement Brigitte Bardot, merci : alors que les températures flirtent avec les normes saisonnières en raison de la dépression centrée sur les Açores, se mettre physiquement dans une peau de roux serait une idée particulièrement peu rusée. Je me suis mis dans la peau d’un renard, donc, mais d’un renard urbain, cet animal fougueux qui a su s’adapter à la modernité, délaissant les poulettes pour se rapprocher des centres-villes, où il y a quand même plus de choses à faire le samedi soir. Alors qu’autrefois, le goupil était obligé de suivre un entraînement rigoureux dans les plus célèbres académies ninja pour pouvoir approcher sans se faire surprendre des poulaillers, il mise aujourd’hui sur des arguments différents : il a bien compris, comme avant lui le moineau qui a pourtant une cervelle de moineau, que pour pouvoir se prélasser dans les rues de nos villes, sans naturellement travailler , le renard a un terrible poil dans la main, il lui suffisait d’être mignon. Il a beau éventrer nos sacs poubelles et dévorer nos chatons, le renard a droit de cité dans nos cités grâce à sa grâce. Et c’est de la même manière que je vais tenter de faire passer ce billet un brin poussif à l’aide d’un sourire charmeur.

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le 08/05/2012
 

Moi, président, je commencerais par mener une politique d'union et non de division. C'est à dire que je réconcilierai la zone "deux bises" et la zone "trois bises" en instaurant le passage généralisé à deux bises et demi.
Moi, président, je rappellerais comme ça au passage à tous ceux qui écrivent Président qu'ils parlent d'un fromage.
Moi, président, d'ailleurs, j'instaurerais la journée nationale du fromage pour soutenir l'économie locale.
Moi, président, je mangerais des quiches, aussi.
Moi, président, je ne ferais pas grand chose pour soutenir l'économie, parce que bon, que voulez-vous ? si on allait plutôt à la pêche ?
Moi, président, pour bien me démarquer, je débuterai ma campagne après les élections.
Moi, président, je veux bien, paraît que c'est bien payé, mais je suis pas français, ça dérange ?
Moi, président, je l'ai déjà été, d'une société de jeunesse dans mon village, je sais pas si ça compte comme expérience politique ?
Moi, président, j'aurais un service de presse pour m'écrire ma chronique « plus présidentielle », ça serait plus facile. Ou alors je demanderais à Gérard Lenorman.

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le 23/12/2011
 

On m'avait demandé une chronique riche en esprit de Noël. J'étais là, penché sur ma planche à chronique, soucieux, angoissé. L'esprit de Noël. Soit je critique la commercialisation et les blagues de l'oncle Roger après trois verres, c'est une plate-forme dédiée au rire de résistance ici, que diable, et je tombe dans les clichés. Soit au contraire, je parle de la joie qui illumine les cœurs des enfants quand la nature a revêtu son blanc manteau, et je tombe dans les clichés. Que faire ?, me disais-je, quand soudain, l'esprit de Noël m'est apparu. Je ne l'ai pas reconnu tout de suite, parce qu'il était en slip.   - Salut mec, grimpe sur mon dos, je vais te montrer un truc, tu vas kiffer sa race », me dit-il tout de go.

- Ouais, ouais, je connais la combine, tu vas m'emmener voir les Noëls d'antan, les Noëls futurs et à la fin, y aura une morale. Tout le monde sait ça. #OLD. »

- Pas du tout, tu m'as pris pour Dickens ou quoi ? »

- Dickens ? »

- Bah le mec qui a écrit le conte de Noël avec les esprits et tout. »

- C'est pas l'oncle Picsou ? »  
Bon. Il m'a expliqué que les excursions dans les Noëls passés, ça ne se faisait plus trop, parce que ça créait des drames familiaux (« Quoi ? Maman, tu nous avais toujours affirmé « Nous, à Noël, tout ce qu'on avait, c'était une orange et on ne se plaignait pas » et que vois-je ? Noël 1957, deux oranges ! Je suis outré et je vais donc me plaindre rétrospectivement. Je ne suis pas très content de cet ours reçu en 1982 alors que j'avais expressément stipulé dans ma lettre au père Noël « Pas de putain d'ours cette année ! ») et que les excursions dans les Noëls futurs, ça se faisait plus trop, parce que Noël, dans le futur, ça ne marche plus tellement depuis que les extrémistes athéistes ont réussi à faire rebaptiser « Fête du sapin et des boules ».  

Là, je lui ai dit d'aller droit au but, parce que je n'avais que 1500 signes à disposition et que j'approchais des 1515, ce qui n'est jamais rassurant pour un Suisse, et il m'a répondu « allons allons, c'est Noël, tu peux bien dépasser pour une fois ».  

Il m'a donc emmené voir l'esprit de Noël Gallagher, ancien chanteur d'Oasis devenu chanteur de Banga suite à un drame familial, et ça n'a pas été facile de le retrouver, il l'avait perdu, puis l'esprit de Noël Mamère, ancien présentateur télé devenu maire pour qu'on arrête tous ces jeux de mots avec son nom (ça n'a pas marché), puis l'esprit de Noël Godin, qui est mon idole, puis l'esprit de Léon Noël, qui habitait la route qui monte vers la forêt, au village, à l'époque, mais on ne l'aimait pas trop (je n'ai jamais su pourquoi), malgré son nom palindromique.  
Il m'a demandé si je voyais où il voulait en venir, j'ai répondu non, il a pris sa tête entre ses mains, je lui ai répondu que c'était une attitude ridicule pour un esprit, il est parti boudeur, j'ai terminé ma chronique.  
Bons baisers de Fort-de-France.

 Espace collabo 
le 01/08/2011
 

Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de la Suisse. Et ça tombe drôlement bien, puisqu'on m'a demandé : « plus belge, ta prochaine chronique ». Or, quand on y réfléchit bien, Suisses, Belges, tout ça, c'est un peu pareil. Ils ont des Flamands, nous avons des Suisses allemands, la langue est à peine différente et le pouvoir de nuisance est à peu près le même. Ils se débrouillent sans gouvernement, nous en avons un parce que c'est bien pratique pour dire que tout ça, c'est de sa faute, mais personne ne sait tellement qui est dedans. Ils ont un roi, nous avons trois cartes à l'as mit stöck et des combats de reines. Ils ont une équipe de foot surnommée les « Diables Rouges » mais qui est environ aussi diabolique qu'un best of de Kiss, notre équipe joue aussi en rouge. Ils ont Jacques Brel, nous avons Henri Dès. Ils ont des frites, on a des röstis. Ils ont réinventé la bande dessinée, nous avons Yakari. Ils disent 70, comme nous, alors que les Français disent 70, ce qui est parfaitement ridicule, tout le monde en conviendra. Personne n'a jamais très bien compris la Belgique, pareil pour la Suisse. C'est pourquoi je nourris secrètement un dessein politique ambitieux mais réaliste : la fusion de la Wallonie avec la Romandie, réunies sous la bannière de la République monarchique et patatière de Wallomandie. Dont je ne peux vous parler, puisque c'est un projet secret. Du coup, pour mener à bien ma mission, une chronique « plus belge », je vais me contenter de vous raconter des carabistouilles, alleïe, une fois.

 Espace collabo 
le 07/06/2011
 

« Plus fougueux, la prochaine fois », m'a-t-on demandé. Je ne suis pas du genre à refuser l'obstacle, comme on dit dans les milieux hippiques, mais je suis embêté : j'ai, actuellement, moins de fougue qu'un barracuda. Pour tout dire, je suis à peu près aussi fougueux qu'un discours d'après-match de Roger Federer (je sais pas si tu as remarqué mais quand il ne verse pas sa petite larmichette, il est à peu près aussi passionnant qu'une partie de Scrabble filmée au ralenti). Au début, je pensais que c'était à cause de la pression atmosphérique centrée sur les Açores, mais en fait, je pense que c'est de votre faute. Enfin pas de la tienne à toi, qui est quelqu'un de raisonnable, mais de celle à la société, qui n'est pas quelqu'un de responsable. Parce qu'en ce moment, la société, elle ne mange pas ses cinq fruits et légumes, à cause des bactéries allemandes qui sautent du concombre au soja sans crier Bahnhof et des consommateurs qui ne savent plus à quel sain se vouer. Du coup, les maraîchers ne maraîchent plus et dans mon supermarché, les légumes sont en action (c'est du suisse pour dire promo, hein, ils ne tournent pas des remakes de Die Hard). Comme je suis de nature pragmatique, j'ai donc une alimentation très végétale. Et franchement, je préférais quand vous aviez peur des vaches. Un steak de soja saignant, on a beau dire, mais c'est pas pareil. C'est pourquoi, je le dis avec fougue : Attention, derrière-toi, une entrecôte tueuse !

 Espace collabo 
le 16/05/2011
 

Raphaël Chabloz est un nouveau venu parmi les chroniqueurs de ventscontraires.net. Dans le reste du monde, celui qu'on connaît mieux sous le nom de Raph FlipFlap est une véritable star. Depuis 2003, son blog BonPourTonPoil s'est imposé comme une véritable institution en termes d'absurde, d'humour décalé et de lolistique comparée. C'est depuis son QG secret planqué dans une zone reculée de l'Helvétie profonde qu'il a accepté de répondre à nos questions.

Quand et pourquoi avez-vous commencé votre blog ?
Le 7 mai 2003. A la base, je voulais écrire un article sur les blogs, alors j'en ai lu quelques-uns. Je me suis dit que c'était pratique pour écrire des bêtises et, surtout, les faire lire, sinon ça n'a pas grand intérêt (je n'ai finalement écrit mon article qu'un an plus tard).

Votre premier article parlait de quoi ?
Je m'y demandais de quoi parler. C'est assez amusant parce que huit ans plus tard, je n'ai toujours pas trouvé. Vous pouvez le lire là. Lâchez des comms !

Comment pourriez vous caractériser votre style/humour/ton ?
Spontanément, le mot qui me vient à l'esprit est : chamarré.

Mais encore ?
L'absurde, les mauvais jeux de mots, le cynisme et les bébés animaux me font beaucoup rire, j'essaie de mélanger un peu tout ça.
Qui est, selon vous, l'inventeur de l'humour ?
Noé. "Je vais construire un bateau et mettre dedans deux moustiques, deux galagos, des baleines et deux bacilles de Koch", c'était une excellente blague. Dommage qu'on l'ait pris au premier degré, surtout pour les moustiques.

D'autres modèles, inspirateurs ?
Il y a des gens qui me font rire, et je pense que ça se sent : Gotlib, Alexandre Astier, Edika, Jean-Michel du 59. Et Desproges, bien sûr (je le connais trop mal, mais la loi oblige à le citer)

Internet est une source d'inspiration pour vous. Ils faisaient comment les humoristes avant ? Ils sortaient dans la rue ?
Je ne sais pas. Il y avait des vidéos de chats, dans la rue ? Internet, c'est pratique, parce que ça permet de passer ses journées au café du commerce sans devenir alcoolique. (Même si, parfois, ça donne envie de boire pour oublier, quand même)

Dans la vraie vie, vous êtes quelqu'un à qui on demande de raconter des blagues (ou d'arrêter avec ses blagues) ou quelqu'un de plus sombre ?
Je ne raconte pas tellement de blagues, au sens totoesque du terme. Je suis plutôt timide, donc non, je ne suis pas tellement le boute-en-train de la soirée. Cela dit, internet ce n'est pas de la fausse vie.

Vous êtes depuis peu chroniqueur pour ventscontraires. Qu'est ce que ça a changé à votre vie ?
Le premier effet, ça a été qu'à chaque fois qu'un de mes amis a, comme disent les jeunes, liké la page, j'ai vu ma tronche apparaître sur Facebook, ce qui est assez déstabilisant. Et sinon, j'ai vu que Noël Godin était un de mes « collègues », ce qui est hyper prestigieux

Auriez-vous un message à lui faire passer ?
Comment se fait-il qu'Oskar Freysinger* n'ait encore jamais été entarté ?
(*Oskar Feysinger, membre du parti populiste suisse UDC, principal porte parole de l'initiative  "Contre la construction des minarets")

Suisse et jeune, c'est compatible ?
C'était totalement interdit, jusqu'au jour où la Suisse est devenue championne du monde de football des moins de 17 ans. Depuis, c'est toléré, mais à condition de jouer en silence, merci.

Et suisse et drôle, c’est légal ?
Il y a d'excellents humoristes suisses, comme Frédéric Recrosio et Jean Ziegler*. Titeuf, mais il a mal tourné, Plonk&Replonk et Patrick Juvet.
(* Jean Ziegler est un homme politique, sociologue, écrivain et polémiste suisse. Son livre L'Empire de la Honte a inspiré le documentaire We Feed the World.)

Au fait, où sont les femmes ?
La mienne est au sport, à cette heure-ci. (Oui, on peut être suisse et sportif)

L'humour est-il un sport de combat ?
Je n'ai jamais réfléchi à la question et pourtant, je ne suis pas trop fan des coups portés au-dessous de la ceinture.
Etes-vous tenté par d'autre formes d'écriture : roman, scénario, odes, discours politique ?

Roman, oui : j'en suis à mon 1740e chapitre 1 en 18 ans. J'ai aussi écrit des nouvelles, j'ai une idée de scénario de bd sous le coude mais il faudrait que je la mette plutôt sur papier. En fait, je m'intéresse environ à tout ce qui demande de l'imagination, mais je suis aussi et surtout un champion de la procrastination. Et je suis très intéressé par les cartes postales.

Quelle est la plus belle carte postale que vous avez reçue ?
J'ai une magnifique collection de cartes postales moches, car internet sert aussi à rencontrer des fous. Ma préférée... peut-être cette magnifique reproduction d'un château anglais en hologramme.

Quelle carte postale aimeriez-vous envoyer aux lecteurs de ventscontaires.net ?
Une carte postale avec des bébés chats, un jeu de mots genre "Chat baigne" et la recette de la souris d'agneau. Et au dos, classique, efficace : temps magnifique, soleil radieux, bisous. Par contre, il me faudra leur adresse.

Et enfin, une question simple pour conclure : qu'est-ce qui pourrait changer le monde ?
Les jeunes UMP, ou alors l'interdiction de la méchanceté, la béatification de Barack Obama. Ou les bébés chats.

 Espace collabo 
le 01/08/2012
 

Que se serait-il passé si Galilée avait disposé d'Internet, ce formidable outil d'expression ?  

Bon, d'abord rien : il était très mal classé par Wikio, n'avait pas un énorme pagerank et un tout petit Klout. Son fameux post « et pourtant, elle tourne » serait d'abord passé inaperçu.  

Jusqu'au jour où un Twittos serait tombé dessus par hasard, en googlisant « mon chaton refuse de manger de la salade, que faire ? » par exemple.  
Il aurait alors relayé l'information et, très vite, le buzz aurait pris. Aux premiers commentaires outrés (« Je suis pour la tolérance mais des propos pareils ne devraient pas exister, si on accepte ça après ce sera quoi ? On va nous faire croire qu'il existe une loi de la gravitation universelle, aussi, peut-être ? » ou « LOL de toutes façons t'as tout piqué à Copernic ») auraient succédé les premiers commentaires moqueurs. Très vite, le hashtag #elletourne aurait fait son apparition dans les trending topics de Twitter, incitant ainsi les journalistes à s'intéresser aux théories de Galilée : 
« L'héliocentrisme fait le buzz sur les réseaux sociaux. Un certain Galilée (@justapoorboy) a prétendu démontrer qu'en réalité, la Terre tournerait autour du soleil ! Très vite, les internautes se sont déchaînés. L'hilarant @LeJeanBon a ainsi déclaré « Je comprends pourquoi j'avais mal au cœur ce matin, dire que j'allais accuser la vodka ». La fameuse blogueuse @niniblogue s'est quant à elle exclamée « LOL, je vais devoir acheter des Louboutin à crampons pour ne pas tomber ! » Les déclarations insensées de ce Galilée ont également inspiré de nombreux LOLcats, ces désopilants montages à base de chats. Ce buzz négatif a poussé Galilée à effacer son post, preuve qu'il disait bien n'importe quoi».  

             

 Espace collabo 
le 06/11/2011
 

D'habitude, chaque semaine, un individu louche me remet une enveloppe contenant les instructions pour ma prochaine chronique : « plus fluorescente », « moins pernicieuse », « plus rabougrie », j'en passe et des meilleures. Là, rien. Alors de deux choses l'une : soit je me suis fait virer et je ne suis pas au courant. C'est possible. Ça arrive. Mais tout de même, ça m'étonnerait : je suis Suisse, et tout le monde sait que ce sont les Français qui sont chômeurs. Soit je suis enfin libre. Libre. Comme un fier goujon dans l'onde printanière. Comme le zéphyr sur une grille de Scrabble. Libre. Comme le cri des enfants quand ils ont trop joué. Comme... Enfin, bon, on comprend bien l'idée générale, je pense. Eh bien, je vais vous dire : la liberté, c'est complètement surfait. Ça n'a aucun intérêt. Quand je pense que des milliers de gens sont morts pour elle, je me dis que vraiment, les gens sont prêts à mourir pour n'importe quoi. C'est un peu comme dieu, la liberté, en fait : à force de ne jamais la voir vraiment, on s'en fait une montagne, on imagine mille splendeurs, et le jour où on se retrouve face à elle, c'est très décevant (enfin, pour dieu, je n'ai aucune preuve, j'aurais plutôt dû écrire Dunkerque, mais ça aurait été un peu moins fort, comme comparaison, j'estime). Ou alors, c'est juste qu'ils n'ont pas eu le temps, à cause des événements.

 Espace collabo 
le 18/07/2011
 

Pour la plus grande joie des lecteurs de ventscontraires.net, l'infatigable Paul Martin a rejoint depuis bientôt 3 mois l'équipe des chroniqueurs réguliers de la revue . Rencontre avec ce trublion adepte d'absurde et d'humour noir, qui nous régale de ses savoureux post-it.  

VL : Qui êtes-vous ? D’où venez-vous et vos intentions sont-elles pacifiques ?
PM : Mon nom est Paul Martin, je viens de déjeuner. Mes intentions sont rarement belliqueuses, mais elles sont parfois inavouables.

La plupart des enfants dessinent. Et vous quand avez-vous décidé de continuer ?
Il y a six mois, à la faveur d’une crise existentielle. C’était ça où l’haltérophilie, quand j’ai vu ces trucs hyper-lourds mon choix a été vite fait.


Qu’auriez-vous pu faire d’autre si ça n’était pas devenu votre métier ?
A vrai dire, ce n’est pas devenu mon métier, ce que j’ai fait d’autre c’est écrire des trucs que d’autres illustrent, souvent avec un tel talent (les autres, je précise) que ça m’a longtemps découragé d’essayer d’en faire autant.
 
Quels sont vos inspirateurs en termes de graphisme et d’humour en général ?
Mon secret, c’est un poulet.

Selon vous, qui a inventé l’humour ?
Je ne sais pas qui, mais je sais que c’était un vendredi à 14h25.

Un souvenir de premier coup de cœur sur une bande dessinée ? Un maître ?
A 20 ans j’ai découvert Gary Larson et ça a été la révélation qu’on peut faire des dessins absolument hilarants sans être un « bon dessinateur », je lui en suis très reconnaissant.

Comment définiriez-vous votre style ?
Inexistant. Je m’efforce d’en avoir le moins possible sans que ça soit moche.

En quelques mots, qu’est ce que l’Hippopotable ?
Un blog lancé en 2006, pour voir comment on fait un blogue. J’avais sous le coude quelques vieilles pubs scannées dans des revues des années 50, j’ai eu envie d’en faire un truc rigolo. Mon exemple littéraire, c’était les orphelins Baudelaire, c’est un échec total de ce point de vue. Mais cinq ans plus tard j’ai des millions de fans dans le monde entier (essentiellement en Picardie et dans les Ardennes) et un projet d’adaptation au cinéma par les frères Wachowski.

Vous êtes manifestement passionné de publicités anciennes. Est-ce une question de nostalgie d’une époque bénie ?
Alors, c’est un malentendu. Je suis totalement publiphobe, et radicalement anti-nostalgie. La pub, c’est à mon sens une des grandes nuisances du monde moderne, avec les pères Noël accrochés aux balcons et les quinquagénaires à chapeau.

D’ailleurs, quand auriez-vous aimé vivre et pourquoi ?
Je crois qu’on traverse actuellement une période abominable mais je ne vois pas d’époque antérieure à laquelle j’aurais préféré vivre, notamment en raison de l’amélioration constante de l’efficacité des antalgiques pour les soins dentaires. Je crois aussi que ça va aller en empirant. Donc, objectivement, nous vivons l’âge d’or de l’humanité, disons l’âge de plastique doré.

Quel est votre avis définitif sur les extraterrestres ? En avez-vous rencontré ?
J’ai essayé, vraiment, j’ai même passé une nuit avec un groupe d’ufologues amateurs à observer le ciel dans l’espoir naïf d’apercevoir une soucoupe. Faute de résultats probants, je me suis tourné vers une sorte d’agnosticisme soucoupiste. Et puis maintenant j’en fais en BD sous le nom de Kiki et Aliène, c’est dans Astrapi, vous devez lire ça.

Vous êtes incroyablement productif (plusieurs blogs, un vrai travail, ventscontraires…), quel est votre méthode de travail ?

Vraiment ? Moi je me vois plutôt comme un glandeur. Eh bien, je tournicote, je farigoule,  je louvoie, je tergiverse, puis je bâcle beaucoup et je prends sur mon temps de sommeil (surtout de 23h à 1 h du matin).

Parmi les chroniqueurs de ventscontraires.net, qui aimez-vous retrouver ? Auriez-vous quelque chose à leur/lui dire/demander ?
Je préfère lui envoyer un mail parce que c’est un peu personnel.

Raphaël Chabloz nous a transmis plusieurs questions pour vous.

RC : Mais où va-t-il chercher tout ça (surtout les photos, je veux dire) ?
J’ai une énorme pile de revues des années 50 à 70 récupérées un peu malgré moi, je pioche toutes les images de mon blogue dedans. Pour les idées, ça me vient en faisant la sieste, dans le train, ou juste devant une feuille blanche.

RC : Est-ce que c'est plutôt bien, ou pas, de n'avoir que des prénoms dans son nom ?
Avantage de m’appeler Paul Martin, je suis ingooglable, je me perds au milieu de mes homonymes comme un gnou dans le troupeau savaneux. Les gens rient juste en voyant mon nom, ils pensent souvent que c’est un pseudonyme. Et encore, ils ne savent pas le plus beau : mon nom complet c’est Paul Pierre Jacques Martin.

 Espace collabo 
le 25/05/2011
 

« Plus engagé, ton prochain billet », m'a demandé La Voix. Je me suis donc rendu, et plus fissa que ça, sur le Berceau de toutes les Révolutions, Twitter, afin de m'enquérir des derniers sujets d'engagement à la mode, car il serait dommage de s'engager pour des idées n'ayant plus cours le lendemain. Grâce aux réseaux sociaux, il est devenu facile de se tenir au courant des dernières causes importantes et même de signer des pétitions en ligne. A tel point que c'en est vertigineux. S'il avait passé un peu de temps sur le Berceau de toutes les Procrastinations avant d'entamer l'écriture de son célèbre best-seller « Indignez-vous », Stéphane Hessel aurait pu, tant les indignations sont nombreuses de nos jours, atteindre facilement les 32 pages. Car à chaque fois que vous tenez la bonne colère, quelqu'un surgit et assène un « Pendant qu'on parle de (DSK / la suppression des radars annonçant la présence de panneaux / la réduction à dix équipes de la deuxième division de football suisse / les canards), on ne parle pas de (la Libye / le Tadjikistan / les fautes d'accord). Comme par hasard. Ça arrange bien le gouvernement ! » De peur de m'engager pour la mauvaise cause, on a lapidé des chanteurs populaires pour moins que ça, j'ai finalement décidé de m'engager à ne pas faire le jeu de mot « engagé derrière les oreilles », qui est éculé, contrairement au temps qui m'est imparti qui est écoulé.

 Espace collabo 
le 12/05/2011
 

Je sais pas vous, mais tout est chaos  
Entre la gare et le lieu où je travaille, il y a un gymnase*, dans lequel des hordes d'adolescents apprennent les équations différentielles pour pouvoir un jour présider aux destinées de la nation. Tous les jours, donc, je partage un bout de chemin avec eux et même que parfois, je traverse au rouge. Cela me permet de me tenir au courant des aspirations de la « génération Z » (au passage, si quelqu'un connaît quelqu'un au nommage de générations, j'aimerais bien leur dire deux mots), ce qui tombe super bien puisque je dois être « plus transgénérationnel ». Or, l'autre jour, alors que je tentais un dépassement hasardeux, quelle ne fut pas ma surprise d'entendre un jeune homme, muant et florescent, affirmer : « J'adorais ça quand j'étais petit. » Sans être vieux jeu ou quoi que ce soit, il me semble que les jeunes d'aujourd'hui sont nostalgiques de plus en plus tôt. Je suis ouvert d'esprit, j'ai moi-même, sans aller jusqu'à la nostalgie, eu quelques accès de mélancolie pendant mon adolescence, mais je ne sais pas si c'est bien, si vite... Oh, oui, on y pensait, on en parlait entre nous, on regardait avec envie ceux qui pensaient déjà que c'était mieux avant. Mais ça se faisait différemment, de manière plus naturelle. Je comprends, ils vont sur Internet, ils voient des sites nostalgiques, ils ont envie d'essayer eux aussi mais est-ce bien raisonnable ? Sinon, l'honneur est sauf, il avait aussi une coupe de cheveux ridicule.

* NDLR : En Suisse, le gymnase est un lycée.

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point