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littérature

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 Espace collabo 
le 30/11/2012
 

Vous lisez des romans (ou pire, vous en écrivez). On ne peut pas vous attacher à la pierre, on ne trouve à peu près rien d’autres sur les tables des libraires. Nous sommes au XXIème siècle (enfin il semblerait…), mais ce qui est jeté dans votre auge est quand même très XIXème (narratif, chapitré (par ailleurs souvent plan-plan, délicieusement ennuyeux ; plus cela caresse le besoin des lecteurs et plus la langue est pousse-cailloux. Vous lisez des romans et leurs auteurs ne risquent en rien d’être assassinés pour leur « travail », rien ne parvient à effaroucher l’octogénaire la plus réactionnaire, pas même les grumeaux du style. Le genre (le sacro-saint roman) est à bout de souffle. Juste un produit « économiquement rentable » pour lequel il n’y a plus rien à attendre. Je pourrais en écrire une dizaine et je ne me distinguerai en rien des auteurs que je bichonne au chalumeau. Le roman qui n’explose pas les codifications du roman (relire Sterne, Delteil, Vian…) ne mérite pas d’être soulevé. Vous me trouvez excessif, revenez dans deux siècles, l’histoire littéraire aura gommé indifféremment tous les auteurs qui aujourd’hui (grâce au lumignon bienveillant des meilleures chroniqueuses ou aux spots de la critique consanguine) se prétendent stupidement être des écrivains.

 Espace collabo 
le 11/10/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais le prix Nobel de littérature m'a encore échappé cette année.

Alors oui, je sais ce que vous allez me dire, il faudrait d'abord écrire un peu, pour ça. Je trouve ce jugement très normalisant. Je trouve qu'il serait temps de récompenser enfin l'art du roman inachevé. Inachevé et même indébuté, d'ailleurs. D'autant plus que cette catégorie méestimée de la littérature est complètement dans l'air du temps. Le roman inachevé est évolutif, interactif. Cela fait bien vingt ans que j'ai commencé l'écriture du mien. Enfin, quand je dis commencé l'écriture, j'ai surtout travaillé sur le plan. Au début, c'était une œuvre de science-fiction assez avant-gardiste, puis ça a parlé d'un trentenaire qui plaque tout pour aller refaire sa vie à Vesoul, aujourd'hui c'est un essai sur la procrastination avec des elfes cyborgs dépressifs. Et il y a un rebondissement et deux métaphores. Alors oui, je sais ce que vous allez me dire, oui mais comment veux-tu juger une œuvre littéraire qui n'existe même pas ? Mais justement, l'art ne doit-il pas stimuler l'imagination, alors si tout est écrit, franchement, comment veux-tu ? et puis bon, sérieusement le poète suédois de l'an dernier, personne ne l'avait lu non plus. Mais en somme, tout cela n'est pas grave : j'ai de bons espoirs pour le prix Nobel de la Paix.

 Auteurs maison 
le 08/07/2012
 

Dans La Bête humaine, Zola a écrit ça :
"Un soir, une première querelle éclata entre Séverine et Roubaud."
Dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo a écrit ça :
"Et la foule de rire, surtout les enfants et les jeunes filles."
Dans L'Idiot, Dostoïevski a écrit ça:
"Une idée bizarre passa par la tête du prince".
Et des exemples comme ceux-là, il y en a des milliers, tellement le monde des lettres compte d'immenses auteurs.

 Auteurs maison 
le 01/03/2013
 
 Espace collabo 
le 15/05/2012
 
 Piste d'envol 
le 15/01/2012
 

« Piotrus » de Leo Lipski (L'Arbre Vengeur)


Ce roman, superbement absurde, politiquement incorrect et qui lorgne vers le grotesque est le fruit d' un écrivain maudit suisso-polono-israëlien. La noirceur se mêle à la poésie quand il décrit les quartiers de Tel-Aviv et au sordide des femmes faisant l'amour avec des ânes...un condensé de vie en quelque sorte. Ce court roman raconte l'histoire d'un homme très pauvre qui accepte d’être acheté par une femme, Madame Zinn, pour occuper les toilettes de l’immeuble presque à temps plein. Il y a certes du Gombrowicz et du Beckett dans l'univers de Leo Lipski, mais pas seulement : il a un style bien à lui, aussi efficace dans les dialogues que dans les descriptions, dans le tragique que dans le comique… bref, un grand petit livre (à peine 167 pages, en petit format et agrémenté des illustrations de Joko). Un occasion aussi de découvrir l’Arbre Vengeur, une maison d’édition bordelaise très intéressante qui publie notamment Eric Chevillard.

 Auteurs maison 
le 17/03/2013
 
 Espace collabo 
le 13/11/2012
 

“Bavard”, “Une intrigue mal nouée” ou “Un suspense haletant” et “La naissance d’une franchise” ? Le monde de la littérature est fortement divisé après la publication du “Rapport Gallois”. Si certains éditeurs et magazines jugent sévèrement le style de Louis Gallois, d’autres estiment qu’il représente un auteur à suivre. Compte rendu.
 
Contre
Attendu avec impatience, le « Rapport Gallois » est jugé très sévèrement par le milieu littéraire. Pour Gallimard ce rapport « est long et inintéressant . Louis Gallois n’avait clairement pas les épaules pour se lancer dans une telle aventure, son style ne résiste pas à la litanie des chiffres, il n’y apporte rien ». Même son de cloche chez Flammarion. « Il y avait un potentiel, mais Gallois échoue totalement. Le lecteur n’est jamais transporté, on ne ressent rien pour les personnages ». Pour Albin Michel « La littérature n’a pas besoin de Louis Gallois. On a rarement vu une intrigue aussi mal nouée, M. Gallois ne sait hélas clairement pas exploiter son histoire » .  Pour beaucoup,  la non-sélection du rapport dans les prix littéraires de ce mois de novembre est une douche froide de plus pour le gouvernement.
 
Pour
Le jugement est plutôt nuancé pour le Magazine Littéraire qui voit en Louis Gallois un successeur possible à Michel Houellebecq. « La litanie des chiffres et des tableaux encercle le lecteur, c’est froid, c’est clinique, on retrouve tout à fait le style de Michel Houellebecq, M. Gallois a su parfaitement se fondre dans le moule » . Pour Livre Hebdo, « Il faut s’attendre à une suite ou une série. Louis Gallois pose les jalons d’un nouveau genre qui fera des émules. Le twist final sur la situation économique en Allemagne laissera les lecteurs sur leur faim » . Un avis que partage Le Monde. « Il y a du James Ellroy chez Gallois quand il nous décrit le fonctionnement des primes à l’investissement » . Pour le Figaro « Le rapport Gallois est un thriller économique à l’ancienne » .
Les lecteurs suivront-ils ? Dans l’immédiat, Amazon a annoncé que “le Rapport Gallois” venait d’entrer dans le top 10 des meilleures ventes sur son site.
 
Le Gorafi
 

 Auteurs maison 
le 16/08/2012
 

Si ce n’est pour donner aux écrivains l’occasion d’écrire en se lançant sur le tard à sa recherche, j’avoue ne pas très bien comprendre pourquoi le temps passe. Pourquoi le temps passe-t-il ? Certes, les horlogers y trouvent aussi leur compte, mais à quel prix ? Pour ma part, je ne connais pas de jeune horloger, je crois bien n’en avoir jamais vu. L’horloger semble le plus exposé au passage du temps, il est en première ligne : c’est un vieil homme, prématurément usé, voûté, à demi aveugle, et ses mains tremblent à force d’émietter en fractions de secondes le gros bloc d’heures qu’il travaille chaque jour aux brucelles, aux pointeaux et même au chasse-goupille. Il se constitue sans doute un joli pactole en vendant ou réparant ses montres et ses pendules ; il n’aura pas le loisir d’en jouir.      
Bien fait. Quelle idée aussi d’actionner des mécanismes si pernicieux ? Un beau jour, il explose avec sa bombe. On ne le regrettera pas.      
Le temps passe – mais il ne nous emporte pas comme on le suppose ; non : il nous passe dessus, voilà le vrai, son interminable galop nous passe sur le corps. Les éléphants d’Hannibal piétinaient l’ennemi avec moins de hargne. Notre ruine est bientôt consommée. L’enfant écrasé, aplati par ce char implacable s’étire comme une pâte sous le rouleau à pâtisserie jusqu’en des dimensions grotesques. Puis cet adulte à son tour roule dans la farine, mord la poussière, sa face devient bientôt horrible à voir, modelée par le sabot du temps, son nez s’effrite, ses joues se creusent, ses dents tombent, ses yeux apeurés, larmoyants, frappés de cécité voudraient pouvoir s’enfoncer plutôt dans le conduit spiralé de ses oreilles conchoïdales qui au reste n’entendent plus rien, ni même la rumeur de la mer. Ce vieillard accroche encore comme des linges élimés ses chairs grises et jaunes aux tringles mal jointes de son squelette tordu, brinquebalant, désormais inapte à la locomotion, à la préhension et qui rassemble ses dernières forces pour se roidir dignement dans son suaire.      
Le temps a fait son œuvre, et cette œuvre est une ruine. Les mousses et les mouches la convoitent et s’y agrègent. Puis le temps s’acharne à pilonner ce débris. Il n’en doit plus rien rester, ni le plus pâle souvenir : tout doit disparaître. Alors que faire ? Que faire pour survivre dans le temps, malgré le temps ? Suspendons-le, mes amis ! Je ne vois pas d’autre solution. À une patère ou à un clou, à un cintre dans une penderie comme une redingote démodée dont les basques ne savent que traîner dans le passé irrévolu, alourdies de boues et de patelles. Ainsi nous irons, frais émoulus chaque matin, vêtus de notre seule peau désormais infroissable, émus par la douceur toujours nouvelle des choses.

 
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ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point