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 Vedettes etc. 
le 04/06/2012
 
 Piste d'envol 
le 15/11/2011
 

Silvio B : le procès en direct télévisé


Il est devant vous… messieurs dames, vous lui faites face, enfin ! Nous vous avons conviés ce soir pour juger cet homme, regardez-le bien ! Nous le soumettrons à une série de questions… à la suite desquelles vous serez confrontés à deux choix… deux choix simples que vous allez exprimer via votre télécommande ! Alors, êtes-vous prêts ? Le destin de cet homme est en jeu ! En appuyant sur la touche 1 de votre télécommande, l’accusé sera dépossédé de tous ses biens mais il sera absout, il ne perdra donc pas sa liberté mais redeviendra un homme comme tout le monde... Vous avez bien entendu ? Dans son ambition généreuse, la Révolution décidera ainsi de garder la liberté à celui qui a fait le possible pour vous en priver… mais si vous choisissez la touche 2, sa villa d’Arcoeur deviendra sa prison, ici nous l’enfermerons à perpétuité, des caméras seront installées partout occupant le moindre recoin de la maison… l’inculpé sera ainsi filmé 24h sur 24h sans censure… Il sera livré à lui même… et il n’y aura ni conseillers en communication, ni psychologues, ni scénaristes pour l’aider… tout le monde pourra l’observer, l’épier, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit… une détention-émission que nous appellerons Il était notre Conducator !… et maintenant je demande au président du Ministère Public de lire l’acte d’accusation…

 Espace collabo 
le 31/07/2011
 

Il était un Dieu. Pain béni pour son peuple. Il se tenait à l’écart, pensif, le front courroucé, les manches de chemise retroussées, prêt à bondir pour rétablir la justice juste, la vérité vraie, il aurait fait s’il avait pu, si on l’avait laissé travailler, il aurait fait plus, des blondes aux belles dents, des tortures câblo-satellitaires, des érections post-mortem…
Il était un Dieu élu… Produit d’une démocratie d’arrière cour, appelé pour la redresser, fort de son charisme sans faille, je vous le dis messieurs, du pain béni pour son peuple, transe nationale, nouvelle sorcellerie, unis jusqu’à l’apothéose finale, à l’unisson, les gorges déployées, les bras levés, dans une pétaudière de ritournelles publicitaires…

Illustration : Federico Saggini

 Piste d'envol 
le 27/11/2010
 

Petite résistance ordinaire


Il se servit un autre café. Il savait pourtant que cela n’arrangerait rien. La peur avait pris totale possession de son être et les tremblements qui l’agitaient ne se contrôlaient qu’au prix d’une crispation épuisante. Ses mains moites gouttaient sur le sol et l’encre du message qu’elles tenaient se diluait, rendant le texte illisible et donnant au papier l’aspect sale et torchonneux d’un vieux brouillon à jeter. Il aggravait son cas. Qu’importe ! Il écarta toutes les cogitations résultant de cette auto-observation. Spectacle navrant. Fermons les yeux ! Il n’arrivait cependant pas à évacuer la douleur, douleur sourde et multiforme qui semblait, elle-même, se moquer de lui. Elle grignotait son cerveau, par petits morceaux mais en prenant soin de frapper en tous points, plantant ses dents acérées dans la gélatine flasque. Elle grignotait ses boyaux, entremêlant toute sa tripaille, faisant des nœuds et des boucles avec. Elle grignotait ses articulations, en essayant de les scier comme avec une grande scie qui grince en râpant l’os. De guerre lasse, il desserra à nouveau son esprit qui se remit à errer dans les sombres territoires de l’angoisse. Il envisageait les conséquences possibles de l’acte qu’il allait commettre : le ridicule et la raillerie, le bannissement et la déchéance, la vengeance et la persécution. Il imaginait sa chef esquissant un petit sourire cruel après qu’il ait bu un café par elle servi : « Vous venez d’avaler une dose mortelle de poison, mon cher ». Quand soudain la porte s’ouvrit.
– Que me voulez-vous ? dragonna-t-elle.
– Juste vous dire que votre décision de virer Alain est totalement injuste et injustifiée…

 Piste d'envol 
le 10/07/2010
 

A chacun ses mots - Définition et recadrage du mot 'présomption'


Présomption : Mot arrogant et péremptoire, il est parfois prononcé ‘prés – en – ption’ comme pour montrer son attachement au présent ; comme pour montrer que ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera pas forcément demain, en particulier lorsque le terme s’applique à la présomption d’innocence. La présomption d’innocence, ça veut dire qu’on est innocent jusqu’à preuve du contraire. L’idée est louable, mais elle ne s’applique en général qu’aux politiciens. Pour les autres, il y a la détention provisoire, celle qui permet de mettre en prison des personnes pourtant présumées innocentes. La loi, dans sa grande sagesse, s’adapte aux situations qu’elle juge. On ne parle pas de présomption d’innocence pour les jeunes des banlieues ou pour les altermondialistes, mais on ne parle pas non plus de détention provisoire pour les ministres, les députés, les sénateurs, ni même pour les chefs d’entreprise. Mon rêve, ouvrir le journal du matin et y lire en gros titre « En attente de son jugement, le ministre Untel a été placé en détention provisoire », puis allumer la radio et entendre une chronique précisant « ces jeunes, soupçonnés d’avoir participé aux émeutes, bénéficient toujours de la présomption d’innocence ». Mais je crois que ça n’est pas pour demain.

 Vedettes etc. 
le 31/05/2012
 
 Espace collabo 
le 27/08/2011
 

Pour Benjamin Brafman, l'avocat de DSK : "C'est la victoire de la vérité". On ne saura jamais si c'était une victoire imposée par la force, ou consentie. Pour Benjamin Brafman, l'avocat de DSK : «C'est la victoire de la vérité». On ne saura jamais si c’était une victoire imposée par la force, ou consentie.

 Espace collabo 
le 23/03/2011
 

Être déclaré coupable mais dispensé de peine, c'est comme se faire rappeler à l'ordre par un "Tu mériterais d'aller au coin". Ça donne juste envie de recommencer.
(Bref rappel des faits : le comique Michaël Youn, accusé d'avoir insulté et brutalisé des policiers qui l'avaient interpellé alors qu'il commettait une infraction à scooter, a été reconnu coupable lundi par le tribunal correctionnel. Il avait présenté des excuses aux "fonctionnaires de police"…)

 Piste d'envol 
le 28/09/2010
 

La vraie Thérèse Desqueyroux


Dans les années 90, un homme se présente au domaine de Malagar, ancienne demeure de François Mauriac en Gironde.
– Bonjour, je suis le petit-fils de Thérèse Desqueyroux. Interloquée, la jeune guide de l’époque pense avoir à faire à un illuminé.
– Je vous demande pardon, monsieur ?
– Je suis, plus exactement, le petit-fils d’Henriette Canaby dont s’inspira François Mauriac pour son personnage de Thérèse Desqueyroux.
L’histoire commence au printemps 1905. Dans la bonne société bordelaise, des rumeurs courent sur les Canaby, un couple de bourgeois bordelais, habitant le quartier des Chartrons. Le mari, malade, aurait été empoisonné par sa femme. A la suite d’événements troublants, la justice prend le relais.
Le procès d’Henriette Canaby s’ouvre le 25 mai 1906. François Mauriac est dans la salle d’audience.
Finalement acquittée du crime de tentative d’empoisonnement mais déclarée « coupable de faux en écriture et usage de pièces fausses », Henriette Canaby est condamnée à une peine de 15 mois de prison et 100 francs d’amende.
Thérèse Desqueyroux était née.

 Espace collabo 
le 20/06/2010
 

J'ai mal à mes médias. Le boss de Radio France a été mis en examen à la suite d'une plainte de David Douillet, judoka converti en politique, au sens de l'humour visiblement assez limité. Peut-être à cause de la fréquentation de Mme Chirac, mais passons car là n'est pas la question. David Douillet reproche à une journaliste de France Inter d'avoir diffusé dans son journal un bout d'interview (enregistrée) de l'eurodéputée Eva Joly, des propos tenus en 2009, qui insinuaient que le député des Yvelines était l'heureux détenteur d'un compte bancaire dans un paradis fiscal. Soit. Admettons que ce soit faux, admettons qu'Eva Joly ait eu la langue trop bien pendue, admettons que David Douillet l'attaque en justice pour diffamation (ce qu'il a fait), ça le regarde, s'il estime que son honneur d'homme politique doit être lavé. Là non plus n'est pas la question. Là où l'affaire devient proprement scandaleuse, c'est quand le média qui a diffusé l'interview est lui-même attaqué. C'est une nouvelle limite qui est franchie. Quelle place reste-t-il aux journalistes? Va-t-il falloir nettoyer les interviews avant leur diffusion? N'entendrons-nous dans nos radios, ne lirons-nous plus dans nos journaux que des infos qui ne blessent personne? Au moment où l'on célèbre Paris-Londres, on se dit que cette nouvelle n'est pas une si mauvaise nouvelle car l'avenir, finalement, n'est pas si noir pour les journalistes : progressivement, ils vont avoir l'opportunité de se placer dans la frange des résistants. Les carottes sont cuites.

 Auteurs maison 
le 12/06/2012
 

François Morel va lire "A ma troisième robe", texte témoignage de l'avocat et écrivain Thierry Illouz qui plaide pour la défense des assassins, des pédophiles, des dangereux récidivistes, des malades inguérissables, ceux qu’il faudrait à tout jamais exiler de l’humanité. Entretien avec Thierry Illouz


Tu es à la fois écrivain et avocat. Est-ce que tu avais mis une séparation entre ces deux activités ou est-ce qu’elles étaient reliées ?
Au départ je les pensais séparées, verrouillées  je voulais les tenir le plus éloigné possible et puis petit à petit elles se sont mises à se croiser à s’interpénétrer, à se nourrir l ‘une de l’autre. Je crois que c’est la vérité des choses, nous sommes indivisibles, et surtout l’écriture est une activité vampire qui fouille nécessairement dans toutes nos expériences pour y trouver sa substance même. Qu’on le veuille ou non.
 
Comment as-tu réagi à la proposition que nous t’avons faite d’écrire une conférence sur ton métier – et en particulier sur tes plaidoieries pour ceux qu’on appelle des “monstres”?
D’abord j’ai redouté ce rapprochement total entre les deux activités.  il fallait à nouveau prendre les gants pour défendre ceux que je refuse de voir comme des monstres (ce n’est pas rien de pouvoir le faire par les temps qui courent), mais il fallait aussi cette fois parler directement de soi, parler  de son travail, de ses rencontres, de ses fatigues, il fallait ramener le réel sur la table. Mais les procédés de l’écriture, le dialogue avec ma robe, l’idée du lieu même du théâtre ont au contraire ramené le débat sur l’intime des sensations, sur l’histoire, sur le souvenir, sur les mots. Le réel est là, il est installé dans l’imaginaire.
 
 
Quel est le statut, pour toi, du texte que va lire François Morel, par rapport à tes autres écrits ?
C’est un texte du dévoilement, tous les textes le sont, mais c’est aussi un texte de militant, de conviction. Est ce exactement du théâtre ?  C’est la question que je me suis posée et la réponse est sans doute que le théâtre est pour moi tout cela aussi : le verbe est une arme de conviction (le métier d’Avocat le sait). J’ai déjà parlé dans mes textes de la banlieue, de la dépossession,  du reproche social. Et le théâtre c’est aussi le lieu des cris, de la voix, du mouvement des corps, des costumes et des robes donc. J’y ai mis sans doute un peu tout cela plus frontalement au sens biographique que dans mes romans ou mes pièces, mais avec la même nécessité de dire, de parler aux gens. De tisser un moment. De le partager.
 
Tu l’avais lu toi-même il y a deux ans au Rond-Point. Comment ça s’était passé pour toi ? Et à présent qu’il est entre les mains de François Morel ?
C’était un moment merveilleux d’intensité et terrible d’inquiétude, c’était plaider sans robe, sans protection, sans  filet. Mais j’ai appris ce qu'on ne peut comprendre que sur la scène (ce n’est pas  un tribunal, quoique...) : l’échange avec le public ( ce n’est pas un  juge, quoique...) ; le silence et la voix ; le vide au bord duquel les acteurs parlent. Et j’y ai connu la sensation d’avoir été entendu. Je ne voulais pas reprendre ce texte moi même, j’avais peur de ce qu’il contient de ma vie et que je ne peux me risquer à redire. Il faut que ce ne soit plus moi, il faut un personnage et si c’est François Morel ce sera forcément mieux que moi. Ce serait ça le rêve de toute écriture, soi et mieux que soi. La fiction c’est plus juste que la vérité et jouer c’est plus que vivre.
 
Alors, tu dis qu’un avocat n’use que trois robes dans sa vie. Alors ta troisième robe, ça se présente comment ?
La deuxième  commence à montrer de sacrés signes de faiblesse, j’y ai découvert il y a quelque jours à l’audience un bel accroc ; il va falloir songer à prendre des mesures pour la troisième... à moins que je ne jette la seconde aux orties pour écrire. "La robe aux orties" c’est l’expression consacrée pour ceux qui quittent ce métier, je ne sais pas pourquoi les orties ?  Les blessures, les marques, les  brûlures peut être…
 
Propos recueillis par Jean-Daniel Magnin
 

 Vedettes etc. 
le 27/05/2012
 
 Piste d'envol 
le 27/08/2011
 

Et la terre trembla...


Je me demande quelle est la probabilité pour qu'un tel évènement se produise: qu'un homme prenne la parole pour présenter sa justice et ayant à peine prononcé trois phrases, que la terre tremble sur les plus hautes villes du pays, s'attaque au Pentagone, le temple des armées, fasse exploser ses canalisations, mette à l’arrêt, bloquant même ses systèmes de secours, la centrale nucléaire de North-Anna en Virginie.

Il y a dans les anciennes mythologies des interventions divines de cette nature, quand les devins scrutent le ciel et les éclipses. Et soudain au moment de l’attaque, la terre tremble.
Certes, nous sommes matérialistes et ceci n'est pour nous qu'un tremblement de terre force 5, 9, totalement inhabituel en ces contrées. Sans aucun rapport avec aucun évènement humain. Mais je ne le ressens pas ainsi. Je crois que la terre en a ras le bol.  Ras le bol de l'homme, de ses compromissions, de ses mensonges, de sa puanteur, de sa facilité de céder à l'intérêt.

Ce jour-là cet homme devait prendre la parole au nom de la justice. Mais il ne prit la parole qu'au nom de sa carrière. Il présenta une femme qui avait menti face à un accusé qui avait menti, hier et aujourd’hui, dans un pays où il y a un nombre insensé de menteurs, dans la presse, dans les sphères boursières et gouvernementales, dans le monde d'une justice qui s'offre avec impudeur à l'argent. C’est le pays où un staff gouvernemental se fait photographier en prenant des airs effrayés quand il regarde le dernier épisode de « Desperate housewives. »

Et la terre trembla…

Je crois qu'elle en a marre des mensonges des hommes, de la lâcheté des justes et de la pourriture de leurs maîtres. De leurs intérêts et de leur science sans conscience. Marre de voir les cinq éléments suppliciés. Les atomes explosés, la terre éventrée pour son sang noir, l’air chargé de poison, l’eau, la plus pure des créations, la plus avilie, les pluies charriant la mort sur tous les continents, elle la bienfaitrice, la porteuse de moissons, désormais porteuses d’isotopes mortels. Marre des dauphins  étouffés du pétrole de Louisiane, des saumons entassés dans des cuves, eux autrefois les plus libres des animaux, des thons rongés de métaux et nous qui les mangions parce que leur splendeur libre nous nourrissait, aujourd'hui abêtis et abrutis par leur chair, nous sommes gavés des poubelles de nos industries. Il pleut des oiseaux morts, les rivières, soudain sont débordantes de cadavres. Il n'y a pas de profondeur qui ne soit souillée, irradiée, poubelles d'un profit aveugle. Les coraux sont des champs de plastique à l'infini. Les neiges éternelles sont des photos.

Et la terre trembla et le pyramidion de l'obélisque fut fissuré. Et des flèches néo-gothiques de la cathédrale tombèrent. L'ouragan Irène court vers New York....

Si j'étais DSK, je regretterais , vraiment, de n'avoir pas mis, ce matin-là mon peignoir en sortant de ma douche!

 Espace collabo 
le 05/09/2010
 

Pendant que Désiré Landru assassinait onze femmes, Anatole Deibler "raccourcissait" 395 condamnés. Paradoxalement on se souvient de Landru et peu du bourreau.
Après avoir répondu au président lors de son procès :
– Comment ? Vous dites ? J'ai fait disparaître quelqu'un ? Si vous croyez ce que racontent les journaux !
Monsieur Henri Désiré Landru est condamné à la peine capitale. Avant le trépas, il demande une dernière faveur : se laver les pieds. On lui refuse.
Puis le bon prêtre s'adresse au vilain farceur et lui demande :
– Mon fils, croyez-vous en Dieu ?
Landru lui répond :
– Monsieur le curé, je vais mourir et vous jouez aux devinettes !
L'acte de vente de la cuisinière de Landru – cuisinière dans laquelle Landru était supposé avoir fait brûler les corps de ses victimes et qui fut transportée dans la salle d'audience comme pièce à conviction – fait aujourd'hui partie de la collection insolite de l'immense écrivain Claude Seignolle.

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point