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Jean-Michel Ribes

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 Auteurs maison 
le 06/05/2013
 

Quand on pense que pendant que nous courons sur la plage, insouciants et heureux, il y a au-dessus de nos têtes des passagers assis dans les avions des lignes polonaises qui viennent de découvrir leur plateau-repas... !
 
Extrait de Les mots que j'aime et quelques autres © Points 2013
 
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 Auteurs maison 
le 19/03/2013
 

Une émission France Culture
Chaque mois, un écrivain vous ouvre les portes de sa bibliothèque insolite. Guidé par sa fantaisie, il propose des textes cocasses, impertinents, drolatiques ou bizarres, une littérature savoureuse et décapante, que des comédiens viendront interpréter en public.

Jean-Michel Ribes

avec Jean-Michel Ribes, Micha Lescot, Daniel Martin, Alexie Ribes

"Depuis que l'on m'a confié la responsabilité de diriger et programmer le Théâtre du Rond-Point, j'ai compris que l'important n'était pas d'offrir au public ce qu'il aimait mais plutôt ce qu'il ne savait pas qu'il aimait. L'idée de cette émission  est la même et nous sommes nombreux à connaître des textes savoureux qui hélas ne sont pas diffusés comme ils le mériteraient. La première victime est le public qui en est privé faute d'en connaître l'existence. J'espère qu'à travers les textes hélas peu connus d'André Frédérique, Alexandre Vialatte, Jean Ferry, Jonathan Swift, Benjamin Péret, Roland Topor et Chaval, les auditeurs de France Culture éprouveront un plaisir à les découvrir d'autant plus intense qu'il sera mêlé à celui de la surprise."
Emission coproduite par France Culture et le Théâtre du Rond-Point sur une idée originale de Jean-Michel Ribes.
Enregistrée le 16 novembre 2009 au Théâtre du Rond-Point
Diffusée sur France Culture le samedi 21 novembre 2009 à 20h

Durée : 58:19

 Auteurs maison 
le 25/01/2013
 

Pour la première fois en France, vivez une expérience inédite et numérique de théâtre enrichi !
La Direction des Nouvelles écritures et du transmédia de France Télévisions, en co-production avec Camera lucida et La Blogothèque, s'associe à la création de la pièce le 23 janvier 2013 au Théâtre du Rond-Point en imaginant un dispositif numérique inédit pour une plongée dans l'univers fantasque de la pièce et de son auteur.

Le 25 janvier, découvrez un site participatif et ludique invitant à s'approprier la pièce : faites passer les auditions, jouez avec les comédiens de la pièce ou les invités de Jean-Michel Ribes, devenez scénographe ou improvisez à partir du texte original. Une approche de théâtre accessible à tous, publics déjà sensibilisés aussi bien que non initiés.
Au théâtre, grâce à un vidéomaton installé dans le hall, le spectateur pourra accéder à cette expérience interactive in situ.

Le 26 février 2013 à partir de 20h, rendez-vous sur le même site pour un « direct enrichi » : spectacle, gros plans, coulisses, répétitions ou transpositions absurdes, construisez votre programme en temps réel en navigant à travers cinq flux vidéo, synchronisés à la seconde près sur le déroulé de la pièce.

Rendez-vous dès le 15 janvier 2013
sur www.francetv.fr/theatre-sans-animaux

 Auteurs maison 
le 01/08/2012
 

A l'instar de la bêtise de Cambrai, du chou de Bruxellesou de la pipe de saint-Claude, le mois d'août est un mois local. Durant la période de l'été, qui se situe entre juillet et septembre, telle la tache noire sur le pelage du léopard, le mois d'août ne recouvre pas l'intégralié du territoire français. Mois fragile et capricieux, qui appelle la métaphore pour le décrire, comme on vient de le voir, août a besoin pour s'implanter de bords de mer, de piscines, de garrigues, de terrains de camping, de palaces sur la Croisette et, certaines années, de maisons de retraite. Sans ces lieux propices à faire s'épanouir son don pour faire monter la température jusqu'à des sommets caniculaires, août se dissout dans des orages et des pluies qui le réduisent en un tiède mois de septembre.
Même si, pour des raisons dues à sa nature de mois plutôt méridional, août s'installe souvent dans quelques fiefs provençaux du Front national, il ne fait aucun doute qu'il est un mois de gauche. Ce n'est pas un hasard si, en 1789, l'Assemblée constituante a choisi sa nuit du 4 pour abolir les privilèges et son après-midi du 26 pour adopter la Déclaration des droits de l'homme. Pas un hasard non plus que le Front populaire l'ait choisi pour que les Français lui consacrent leurs congés payés.
  Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008
http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi

 Auteurs maison 
le 29/04/2013
 

Petit éclat de salive projeté sur votre interlocuteur quand, lors d'un déjeuner, vous lui racontez l'ascension du Ballon de Guebwiller avec votre grand-mère pour lui prouver qu'elle pouvait encore apprécier le bon air des Vosges.
L'acteur passionné peu également postillonner. C'est vers le deuxième acte qu'il arrose le public, lorsqu'il demande avec véhémence la clémence de son roi. Si la pièce et forte, les trois premiers rangs de spectateurs ne lui en tiennent pas rigueur. L'effet cathartique fonctionne à plein, ils ressentent sa douleur mais pas les mini-crachats dont il les recouvre. Le postillonnage est également fréquent dans les lieux publics. Raison pour laquelle, à La Poste par exemple, le préposé à qui vous demandez si vos allocations familiales sont arrivées est séparé de vous par un Hygiaphone, petite paroi en plastique transparent percée de trous minuscules pour que le son passe mais pas les postillons.

Ce qui est surprenant, c'est que le postillon désigne également le cocher qui conduit la malle-poste chargée de porter le courrier aux quatre coins du pays. Le postillon est donc d'une certaine façon un postier, donc quand vous parlez à l'employé de La Poste derrière un Hygiaphone pour le protéger de vos postillons, vous ignorez que lui-même est un postillon et... et... Bon, je ne sais plus très bien où je voulais en venir. Désolé...
 
Extrait de Les mots que j'aime et quelques autres © Points 2013
 
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 Auteurs maison 
le 03/03/2013
 

Les grandes inventions de mars
Le clapet coulissant, la palme académique, le gratin dauphinois, la fonte des neiges, le décalage horaire, la chemise à manches courtes, le sourire en coin, la bouée canard, le jaune citron, la jambe articulée, la guérite chauffante, le col roulé, l'alphabet chinois, l'idéal scout, le péché véniel, la morgue en étages, le chant grégorien pour tous, la kippa réversible, l'orée du bois, l'entrée des artistes.
 
Les phrases et expressions les plus employées en mars
- " Et pourquoi pas le Jura suisse ? "
- " « Cancanière », voici le mot que je cherchais. " 
- " Je déteste son coté Alexandre le Grand. " 
- " L'urine n'est pas assez chaude en hiver. "  Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008
http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi

 Auteurs maison 
le 07/01/2013
 

Il s’appelle Jean-Luc Pointreau. Il est originaire de Picardie et ne parle pas le japonais, respectant ainsi à la lettre la tradition impériale des souverains de l’archipel nippon, qui doivent être aussi éloignés que possible de leur peuple pour que le caractère divin de leur fonction ne soit pas altéré par une proximité trop grande avec ses sujets souvent vulgaires et de basse extraction.
Jean-Luc Pointreau ne souhaite pas que les Français dans leur ensemble et les habitants du quartier en particulier sachent qu’il est l’Empereur du Japon. Il craint en effet qu’il ne soit répudié voire même renvoyé au plus vite à Tokyo.
Il pense en effet que les Parisiens, et en particulier Adelin Vaucour son voisin de palier – qui développe une allergie à son égard au prétexte qu’il n’utilise aucun déodorant (c’est une tradition immuable chez les Empereurs japonais, leurs aisselles doivent rester naturelles et aucun produit ne doit faire disparaître la sueur qui y prend source même si elle répand alentour une odeur de sushi abandonné depuis des mois dans un slip de sumo) – le désigneront aussitôt comme un probable déclencheur d’une catastrophe naturelle égale à celle du tsunami ayant provoqué le drame de Fukushima.
Nous nous sommes pourtant sentis obligés de révéler la présence de Jean-Louis Pointreau, dieu vivant de l’Empire du Soleil Levant, dans le huitième arrondissement de Paris. Si vous souhaitez le rencontrer, il n’est pas rare qu’il assiste à des spectacles au Théâtre du Rond-Point, sauf le samedi soir où il fait shabbat, espérant ainsi qu’on le prenne pour un rabbin et non pour l’arrière-petit-fils d’Hirohito. Vous le reconnaîtrez facilement, il est vêtu d’une djellabah mauve, d’un béret basque et de chaussures de faible prix fabriquées en Corée du Sud, pays qu’il compte bien un jour envahir de nouveau.

 Auteurs maison 
le 17/08/2012
 

N'importe quel petit crétin avec son tee-shirt "Nique ta mère" qui dévale les escaliers du Trocadéro sur son rolling-surf en beuglant du rap a l'impression d'être moderne : "Putain, il se dit souvent, la chance que ma mère m'ait dépoté dans les temps modernes ! Tu vois pas qu'elle ait fait ça sous Louis XIV, la meuf ! Surfer à Versailles avec une perruque, en chantant du Lully ! Je te dis pas la crise !" Ce petit con pense, comme la plupart d'entre vous, que les temps modernes, c'est aujourd'hui.
Pour vous, "moderne" ça signifie trouver Roselyne Bachelot sexy, vous habiller comme Besancenot, soigner vos déprimes au bio, ou lire la page culture de Libé sans rigoler. Ça me fait mal, vous êtes trop nuls. Ça fait des siècles que ça existe, les temps modernes, bandes de débiles ! La vieille Catherine de Médicis, la Montespan ou Mme de Sévigné, elles étaient déjà très in.
Et Le Nôtre, il ne les défendait pas, les arbres, peut-être ? Et les fringues de Richelieu, elles n'étaient pas plus marrantes que les robettes de Christian Lacroix ? Et Bossuet, "Madame se meurt, Madame est morte", ça ne swingue pas ? Et la Bastille, elle n'était pas plus difficile à démolir que le mur de Berlin ? Croyez-moi, on ne vous a pas attendus pour être moderne.
C'est très exactement le 1er janvier 1500 que l'on a commencé à être moderne en France. Dès 1495, l'ancien temps donna des signes de gâtisme. Il battait de l'aile, n'avançait plus et se répétait. On ne pouvait pas lui en vouloir, à ce bon vieux temps, il durait depuis l'Antiquité. Place aux jeunes.
A peine l'ancien temps enterré dans le passé, les temps nouveaux débarquèrent. Fringants, tout beaux, puisque tout nouveaux et les cheveux courts, on les appela les temps modernes. Ils durent encore et, si le pape, les ayatollahs, les évangélistes, le dalaï-lama, Krishna et l'Eglise de Scientologie se calment un peu, il ne sont pas près de disparaître.

© J'ai encore oublié Saint Louis, Actes Sud 2009

 Auteurs maison 
le 11/05/2012
 

Il reste toujours un peu d'avril dans l'assiette. Ce mois indigeste avec son poisson dans le dos et ses œufs en chocolat, est difficile à finir, alors que nous le sentons approcher, avec son parfum de muguet et son sourire de jour férié, le joli mois de MAI. Ah, s'il est un mois qui vous met l'âme en gaieté, vous rosit les joues et vous gigote le cœur, c'est bien mai ! Trois lettres seulement, il ne veut pas qu'on perde de temps pour l'écrire, le temps de mai est réservé au plaisir.
Dès son premier jour, il fête le travail, et de quelle manière : il nous offre un jour de congé. Mai a bien saisi, à l'inverse de certains énervés de la politique, que le travail n'a du talent que s'il se repose suffisamment. En plus, il y ajoute un brin de muguet. Petite fleur à clochettes dont autrefois la vente par des militants qui l'avaient récoltée à la faucille servait à renflouer les caisses du parti communiste. On se souvient que Georges Marchais portait des cravates en soie ou en rayonne selon que la recette du muguet avait été bonne ou non.
(...)
Saluons surtout ce mai libérateur, dont le plus beau fut celui de 1968, qui nous délivre du rigoureux avril en clamant : « Fais ce qu'il te plaît » et « Il est interdit d'interdire ».
Profitez bien du plus beau mois de l'année où fleurit l'acanthe, le pittosporum et le bougainvillier, mois qui a vu naître Freud, Labiche, Orson Welles, Fred Astaire, Claude Piéplu et Eros, petit teckel à poil long que tous les habitants de la rue du Bac à Paris ont bien connu.
  Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008
http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi

 Auteurs maison 
le 01/03/2012
 

Je dois vous l'avouer, ce bon gros et gentil mois de MARS aux joues rosies par les bourrasques printanières, ce mois qui fête avec le sourire saint Habib, sainte Larissa et saint Gontran, patron des valets de chambre, ce charmant mois de mars qui rallonge la lumière du jour pour que le poète puisse terminer son quatrain sans la lampe halogène qui abîme la rime, eh bien, ce mois de mars m'inquiète. Car, à le regarder de plus près, il est bizarre.
D'abord, comme la limande-sole et le ris de veau, le mois de mars n'a pas de milieu. En effet, où est la mi-mars ? Qui le sait ? Le 15 du mois ? Non. Car 15 et 15 font 30 et mars comporte trente et un jours. Le 16 serait-il alors son centre ? Non car 16 et 16 font 32. Je vous épargne le 17... Mars est donc un mois en déséquilibre, d'où son manque de morale. Il n'est qu'à voir la façon dont il quitte le signe des Poissons pour pénétrer dans celui du Bélier ! Attitude zodiacale pour le moins volage, sans compter qu'à peine Mars, le dieu de la guerre, lui donne son nom, qu'il le prête aussitôt à une planète rouge où vivent de petits hommes verts...
A ce propos, on vient de découvrir que les traces de vert et de rouge sur la planète Mars indiqueraient la présence de Basques qui s'y seraient réfugiés pour pouvoir pratiquer tranquillement leur tennis avec des paniers à pain au bout des bras sans qu'il y ait trop de monde qui rigole autour.
  Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008
http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi

 Auteurs maison 
le 24/04/2013
 

Je viens de m'apercevoir avec effroi que ce mot sans grand intérêt est celui que j'aurais prononcé le plus dans ma vie. Comme vous ne l'ignorez pas, « moteur » est lancé par le réalisateur au début du tournage d'une scène pour que l'ingénieur du son démarre sa machine, elle-même déclenchant la caméra. Scène qui peut être recommencé des dizaines de fois si elle ne satisfait pas le dit réalisateur, en l’occurrence moi dans le cas qui nous occupe.
J'ai calculé qu'entre les nombreuses séries télévisées, les films courts, longs ou publicitaires que j'ai réalisés, j'ai au jour d'aujourd'hui dû prononcer le mot « moteur » plus de deux millions cinq cent mille fois. Si j'avais eu le courage de remplacer ce mot médiocre par « Lac de Constance », « rose trémière » ou « rêve de toi », j'aurais sans doute fait de meilleurs films.
 
Extrait de Les mots que j'aime et quelques autres © Points 2013
 
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 Auteurs maison 
le 11/09/2012
 

Seul Pierrick Sorin peut dire qui est Pierrick Sorin. Tout portrait de Pierrick Sorin qui n'est pas réalisé vidéastement par Pierrick Sorin est faux. Tout écrit sur Pierrick Sorin qui n'est pas signé de sa main ne raconte rien sur Pierrick Sorin. Considérez donc que les lignes qui suivent – dont il n'est pas l'auteur – sont une accumulation de suppositions biographiques et d'analyses approximatives de son œuvre qui n'ont aucune valeur.
Pierrick Sorin est né à Nantes en 1960. Il a fait l'école des Beaux-Arts dans cette ville. Il y vit. C'est un iconoclaste laconique dont la placidité drolatique le rapproche de Méliès, Buster Keaton, Tati et surtout de lui-même. Ses œuvres sont composées de trois matériaux : la vidéo, son physique et sa voix, des textes intelligents qui rappellent que ce n'est pas parce que ce qu'il fait est magique, cocasse, superficiel et rigolo et qu'il est le seul interprète, que ce n'est pas du grand art. Il n'a pas besoin de le dire, nous savons que c'est du grand art puisque c'est de l'illusion d'art. Quand c'est du vrai art, ce n'en est plus.
Titres de quelques-unes de ses œuvres :
– Jean-Louis Pichon, Seigneur de la nuit
– A vieille mule, frein doré
– Martin met ses lunettes, puis son chapeau
– L'Homme qui aimait les biscottes
– Espace-temps et petites cochonneries
– L'Artiste, le méchant et le conservateur
– J'ai même gardé mes chaussons pour aller à la boulangerie
– Opérateur personnel de chirurgie faciale
– Le Générateur de gros bébés
– 143 positions érotiques
– Tentative d'expression de la beauté intérieure
– 22h13, ce titre est susceptible d'être modifié d'une minute à l'autre
Il y en a des centaines d'autres.
Voir pierricksorin.com.
Il a exposé, performé, projeté, joué dans des galeries, des musées et des théâtres prestigieux. Il est seul, toujours, comme tout le monde, il se regarde comme tout le monde, mais il le fait mieux que tout le monde.

vidéo : Pierrick Sorin, Autoportrait en monstre, 2000
Collection de la Maison européenne de la photographie

 Auteurs maison 
le 07/08/2012
 

Un fils de roi devient automatiquement roi, un fils de pape devient automatiquement le fils de la concierge. Donc pas pape. Pourtant, comme les rois, les papes se succèdent. Je n'ai pas rêvé, dès qu'un pape meurt, un autre apparaît. Quel est leur secret ? Comment font-ils pour assurer leur descendance ?
On le sait aujourd'hui, les papes se reproduisent par la fumée blanche. Un certain nombre de cardinaux s'enferment dans une petite chambre tout en haut du Vatican, ils y restent un temps plus ou moins long, on ne sait pas très bien ce qu'il font, mais lorsqu'on aperçoit une petite fumée blanche sortir par la cheminée sur le toit, le pape est né. En général, c'est un beau bébé barbu de 70 à 75 kilos qui sourit aux anges. On l'emmaillote aussitôt dans du linge blanc et on le présente à la fenêtre. Une foule de Polonais et d'Espagnols hurlent alors leur joie en voyant leur Saint-Père.
C'est une des particularités des papes, lorsqu'il naissent, ils sont déjà pères – Saint-Pères même – de millions de catholiques. Quand les ont-ils faits ? Mystère. Il faut savoir que le mystère, comme le miracle, est un des charmes de la religion catholique. Vouloir à tout prix élucider tous les trucs de l'Eglise aboutirait à enlever à la foi sa truffe. Croire perdrait soudain la saveur rare de l'inexplicable, pour n'être qu'une mastication machinale de vérités fades, destinées à nourrir l'âme, qui doit toujours être en bonne santé si elle ne veut pas aller en enfer sur une civière.

© J'ai encore oublié Saint Louis, Actes Sud 2009

 Auteurs maison 
le 03/04/2012
 

Soudain avril est là. Sans s'annoncer, sans prévenir personne, à l'étonnement de tous, il débarque dans le calendrier.
Profitant de l'ébouriffement joyeux de nos sens et de nos rêveries amoureuses dû à un printemps naissant, il nous arrive par derrière en traître, assassine mars et nous accroche aussitôt un poisson dans le dos. Pas une hirondelle, une rose trémière ou un quatrain de Ronsard, non, un poisson ! Animal visqueux, froid, à l'oeil torve et à la conversation réduite. La chose est dite : avril est un mois fourbe, lâche, pervers, n'ayant que peu de considération pour l'être humain, sinon, au lieu de cet animal à écailles et souvent pas frais, il lui aurait pendu autour du cou et non dans le dos une créature de rêve avec laquelle il aurait épanché la vivacité libidinale dont la sève printanière l'a pourvu à cette époque de l'année.
 
Mais avril n'en a cure, chevauchant son taureau zodiacal qui chasse le bélier de mars. Il gronde, grêle, pleut et vente, souriant parfois d'un rayon de soleil hypocrite qui fait croire au jardinier que sa courgette va grandir, son aubépine blanchir et la jeune postière se vêtir d'un chemisier léger qui, lorsqu'elle se penchera pour lui faire signer un recommandé, laissera s'épanouir sa merveilleuse poitrine par-dessus la cotonnade.
Mais non, avril, l'odieux avril, à peine a-t-il laissé poindre un morceau de soleil qu'il l'éteint d'un nuage, glaçant le paysage et enveloppant le buste de la préposée de lainages opaques.
  Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008
http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi

 Auteurs maison 
le 23/02/2012
 

Il n'échappe à personne que le mois de février aime autant LA montagne que L'océan, que c'est le mois où l'on fête LA chandeleur mais aussi LE carnaval, que c'est en février qu'on mange LA sardine et LE cochon, LA pintade et LE saumon, que c'est le mois où l'on porte LA doudoune et LE caleçon, que c'est en février que La Fontaine a écrit LE lièvre et LA tortue et qu'enfin, février célèbre autant de saints que de saintes. On l'aura compris, février est un mois bisexuel.
 
Son incapacité à choisir entre le féminin et le masculin, son désir autant du IL que du ELLE l'ont tout naturellement désigné comme le mois de l'amour que l'on célèbre le 14 février, fête nommée la "Saint-Valentin" ; vous remarquerez au passage que, bien que Valentin soit un homme, on dit LA Saint-Valentin pour respecter la parité des goûts amoureux de février.
 
Mois bisexuel donc, que la pudibonderie des rédacteurs du calendrier a caché pendant des années à travers l'appellation "bitextile". En effet, autrefois, c'était en février que la production de la laine et du coton (là encore le masculin et le féminin se mêlent) était la plus abondante, d'où l'idée de célébrer ces deux matières premières en nommant ce mois où le commerce s'épanouissait "bitextile". Mais le fort tempérament du mois de février ne peut longtemps être occulté et, après de longues négociations entre les admirateurs de la libido du mois et les défenseurs de la morale du calendrier, on arrivera à un compromis entre bisexuel et bitextile, il fut décidé que le mois de février serait bissextile. Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008
http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi

 
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