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Je lance ma chronique
 Piste d'envol 
Il y a 17h
 

Barbares fourmis


Mon arrière-grand mère n'aimait pas les fourmis. Elle se livrait souvent à des massacres spectaculaires sur ces insectes, mais comme elle était très âgée, je trouvais ceci très sage. Dans ses vêtements noirs d'un interminable deuil, elle faisait chauffer de grandes casseroles d'eau, puis à pas lents, elle sortait péniblement afin de déverser le liquide bouillant sur la fourmilière qu'elle avait repérée. Cela lui prenait du temps, occupait une bonne partie de sa rustre après-midi. Puis elle retournait à ses crochets pour poursuivre un napperon, en silence. Comme nous étions à la campagne, je pensais que ce geste était une pratique ancestrale pleine de bon sens, visant à protéger les pommes de terre qui poussaient ou les poules, d'une barbare attaque de fourmis. Les insectes mouraient tous d'un coup, assez logiquement. Imaginez une tsunami d'eau bouillante sur nos petites villes : nous n'y survivrions pas. Alors j'allais inspecter ce qui restait, un peu comme un Pompéi de fourmis. Elles étaient toutes figées dans leur industrieuse procession. Dans ces vestiges soudains de civilisations, il n'y avait pas beaucoup de surprises, car ces civilisations de fourmis étaient toutes les mêmes, comme si pour survivre, elles avaient dupliqué leur glorieuse mais modeste Histoire de France de fourmis. Je regardais ces désastres miniatures et imaginais avec effroi leurs dernières pensées, sans doute : « transporter pain » . Je me félicitais à chaque fois de ne pas être une fourmi, et de ne pas risquer l'ébouillantement surprise par ma sévère bisaïeule, notamment pendant mon sommeil. Un jour mon arrière grand mère est morte. Depuis cette terrible page tournée, les fourmis continuent leur civilisation abondamment distribuée, sans rancune, ni joie, ni mémoire, les poules sont toutes mortes, les pommes de terre toutes mangées.

 Piste d'envol 
le 12/04/2013
 

Hector le CD-rom


Hector s’inquiète pour l’avenir. Le rythme des innovations informatiques est effréné, et il peine à suivre. Il se souvient de ses jeunes années, de son arrivée triomphante sur les marchés, la galette irisée, nouvel horizon numérique multipliant les capacités de stockage par 100. Quelle satisfaction de détrôner les vieilles badernes, de donner au monde toute la mesure de son immense capacité ! Les disquettes n’avaient jamais été aussi floppy. Mais la lune de miel n’a pas duré. Le DVD, ce vilain arriviste, s’est radiné au bout de quelques années, ringardisant Hector et ses semblables. Si on continuait de faire appel à eux, c’était surtout pour vider les tiroirs. Puis les clés USB lancèrent un nouvel assaut. Ha ! Hector observa avec plaisir la stupéfaction des DVD de se voir dépassés à leur tour. La roue tourne, ricanait-il. Puis ce fut l’avènement des disques durs externes. Les « DDE », quel sigle ridicule, alors que CD-rom, c’était chic, avec deux initiales nettes, et le suffixe plus doux, presque latin ! Désormais on parle de cloud et là, Hector se sent dépassé. Ça doit être l’âge. Il s’inquiète vaguement pour son état de conservation : alors qu’il a toujours eu une excellente mémoire, certains souvenirs commencent à s’effacer.

 Piste d'envol 
le 11/04/2013
 

Les bonnes raisons de se lancer sur la piste d'envol


Après vous avoir dit comment, voici pourquoi

Pourquoi vous lanceriez-vous sur la piste d’envol ? Aucune idée et pire encore, je n’en ai que faire, je suis vide de bienveillance et d’empathie.
Pourquoi me lancerais-je ? Ça je sais, je peux vous le dire et pire encore, je veux que vous vous posiez la question, je suis emplie de narcissisme et d’égocentrisme.   Je veux la célébrité et le pognon qui va avec. Je veux ne plus pouvoir me balader dans la rue sans qu’une horde d’inconnus me salue. Je veux que cette même horde se roule à mes pieds. Ô adule-moi ! Crie-moi ! Hume-moi ! Mais pas le matin.
Je veux la notoriété. Etre une connasse et dire « Barre-toi ! Tu vois pas que tu me fais chier ! » Je veux le fric. Etre une pétasse et dire « Remballe ton Saint-Emilion ! Tu vois pas qu’il est daubé ! »
Je veux être célèbre et belle et blonde et épouser un sportif. Pas n’importe lequel, un footballeur. C’est pas la discipline qui importe c’est le compte en banque… et le prestige. Ne surtout pas à avoir dire « Tiens je viens d’épouser un pongiste ! », c’est trop pourri !  
Je veux me fagoter comme une savate et citer haut Audiard : « Regarde public ingrat ! Arrache-toi les yeux ! »
Je veux être comme la rosée du matin, mouiller les pieds, dessiner les toiles d’araignée et sécher un peu avant 11 heures moins le quart, même si ça ne veut rien dire.  
Ou alors, c’est tout le contraire, je ne sais plus… je suis perdue.  
Laisse-moi public ingrat, je dois me retirer, j’ai besoin de repos. Il faut que je médite, tu vois pas bordel que je suis perdue ?

 Piste d'envol 
le 10/05/2013
 

Sobriété du temps qu'il fait #1


Quand je sens du Vétiver, j'ai envie d'envahir la Cologne.

***

Interloqué : participe-passé du verbe intransitif "interloquer", formé avec le préfixe latin "inter" (entre, parmi) et le radical "loquer", dérivé du nom commun "loquet" – déf. se trouver enfermé en plusieurs lieux simultanément.
Exemple : la plus petite des matriochkas est particulièrement interloquée.

***

J'ai une telle passion pour l'art du bref, que je dors mieux dans les bras de morphème.

***
Je peux lire des vers six pieds sous terre.

 Piste d'envol 
le 04/05/2013
 

Sauvons les riches


Considérant la chose ainsi : le riche ne fait pas exprès d'être riche, il est seulement riche parce qu'il est affreusement bête. Amasser est pour lui une survie. C'est sa poubelle à lui. Que serait-il sans son domaine, sa piscine, sa voiture, ses domestiques et son argent ? Et songeons un instant à tous les efforts qu'il déploie pour acquérir tout cela. Ne saurait-on accorder quelques indulgences à ce pauvre pantin jeté là dans le chaos de l'univers et s'agitant à tout va sans jamais trouver le sens de sa propre existence ? Non, assurément, plaignons cet être grossier qui n'a eu d'autre choix que celui de se prémunir, par l'accumulation de sa richesse, d'un soupçon de ce qu'il apparente à un semblant d'immortalité. Quant à songer qu'il pourrait répandre sa richesse, ce serait lui octroyer une intelligence dont, jusqu'à présent, il n'a pas fait preuve, puisque de conscience il n'a point. Alors, quelles solutions envisager face à cela ? Et pourquoi la création d'un collectif de l'éveil de la conscience pour riches! Amis, frères, soeurs, tantes, oncles, parents, grands-parents, tortues, pingouins, cachalots, arachnéens, unissons-nous pour redonner espoir, confiance, sérénité, foi et amour aux riches. Pour que plus jamais le riche ne soit condamné à errer sans fin dans la grande spirale de la vie, pour qu'enfin il aspire à la tranquillité de l'âme et se sente de concert avec l'harmonie du monde, unissons-nous ! Les souscriptions sont ouvertes.
Votre dévoué Rotarien.

 Piste d'envol 
le 07/04/2013
 

Ne vous lancez pas à l'aveugle sur la piste d'envol


D'ailleurs aucun pilote, même très con, ne le fait

Pour éviter de vous faire refouler comme un vulgaire tocard, voici quelques recommandations à bien respecter.
Ne soyez pas trop longs : Vents contraires préconise un maximum de 1500 signes. Au delà - déjà c’est chiant - mais surtout le risque d’erreur de comptage augmente considérablement !! Notez à cet effet, qu'à l'instar du h aspiré, l'espace est considéré comme un caractère. Exemple : dans la phrase « Merde, j'ai fait cramer les haricots ! », on compte bien 38 et non 31 caractères.
Ne soyez pas trop courts : Vents contraires ne le précise pas, mais fort à parier qu’un ou deux signes ne suffiront pas.
Soyez drôles : Inutile de raconter combien la perte de votre chien vous attriste. Sauf s'il s'est étouffé avec une saucisse, ce qui est tout à fait cocasse.
Evitez les fautes : à Vents contraires ils sont méchants, ils vous l’ont dit. Oui, mais ils sont surtout feignants. Ils ne prendront certainement pas le temps de corriger un torchon.
Ne transigez pas avec le vocabulaire : après plusieurs dizaines d'échecs et d'heures passées à établir des statistiques, force est de constater que les chroniques comprenant les termes fiotte, zguègue, pourave, chanmé, peigne-zizi ou fourchette ne seront pas publiées !
Enfin, dernière astuce, ils sont très méchants, n'hésitez donc pas à adjoindre quelques injures à votre chronique, exceptés fiotte, peigne-zizi et fourchette évidemment.
Cette chronique comporte précisément 15000 caractères, j'ai envie de dire « mais trop les doigts dans le pif quoi ! »

 
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