Extension du domaine du
rond point

Raphaël Chabloz


(62 articles)
Bien que n'ayant jamais pratiqué le water-polo, je suis blogueur, journaliste, suisse, traducteur et parfois même auteur, mais pas trop. J'aimerais vous parler de mon enfance et de ma passion pour les dés de courgette. Hélas, les icônes scintillantes figurant sur ce site me terrifient et, pour le dire franchement car c'est important la franchise, me tétanisent.

http://www.bonpourtonpoil.ch/
 
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 Espace collabo 
le 14/05/2013
 

Je dis pas ça pour râler, mais les équipes que je supporte ne gagnent pas souvent. La dernière fois qu'on a gagné, c'était en 1999, et encore, j'étais en vacances. Les équipes que je supporte gagnent tellement peu, d'ailleurs, que le mot "supporter" prend tout son sens. Du coup, j'ai très peu l'habitude des scènes de liesse. Et du coup, j'ai été un peu étonné de découvrir les images de la fête des supporters parisiens. Descendre dans la rue, klaxonner, agiter des drapeaux, chanter, ça ok, je voyais bien le truc comme ça. Prétendre que Paris est magique, bon, c'est un peu naïf, mais pourquoi pas. Mais je ne savais pas qu'il fallait également casser des vitrines de magasins de scooter. J'ai d'ailleurs toujours un peu de peine à comprendre le rapprochement, mais c'est là la glorieuse incertitude du sport. Mais du coup, heureusement que les équipes que je supporte ne gagnent pas souvent, ça m'embêterait de devoir passer mon permis.

 Espace collabo 
le 13/02/2013
 

Je dis pas ça pour râler, mais la connaissance, c'est surfait.  
Par exemple, tenez : on vous fait manger du cheval, sans vous le dire. Si on a pris la peine d'enlever les sabots avant, vous trouvez probablement ça bon. Puis, soudain, on vous avoue la supercherie : "Tu l'as aimée, ta lasagne ? Bon ben le boeuf qui était dedans n'avait pas de cornes et il a remporté plusieurs médailles olympiques." Et là, c'est le drame. Probablement parce qu'enfouie au fond de notre subconscient, il y a toujours cette croyance qui dit "attention, tu risques de te transformer en cheval et tout le monde sait qu'ils sont fourbes". Enfin, je dis ça, mais moi, ça ne me dérange pas : du cheval, j'en ai mangé toute ma vie. En steaks, pas en lasagnes, mais tout de même. Mais pourtant, je préfère ne pas savoir ce qu'il y a dans les lasagnes surgelées que je n'achète jamais, faut pas plaisanter avec le manger, mais que quelqu'un pourrait me faire avaler en douce en essayant de me faire croire que c'est de la couleuvre. Et là, je t'assure que ce n'est pas la viande qui m'inquiète. Non. Mais le truc blanc qu'ils mettent dans leurs lasagnes industrielles, et qui ferait presque passer la béchamel pour quelque chose de mangeable, c'est quoi ? Du plâtre, de l'enduit ? Est-ce d'origine animale ? Pourvu que personne n'investigue jamais.

 Espace collabo 
le 20/01/2013
 

Je dis pas ça pour râler, mais ceux qui pensent les Suisses incapables de se révolter se fourrent le doigt dans l'œil.

En ce moment même, la bonne ville de Lausanne est le théâtre d'une révolte silencieuse, d'une démonstration de résistance passive dont Gandhi et Martin Luther King auraient rêvé. Ça concerne les poubelles. Oui, bon, il faut bien commencer quelque part, toutes les révolutions ont commencé petites. Figurez-vous que le gouvernement qui oppresse le bon peuple de son poing rageur veut inciter les gens à trier mieux leurs déchets. Inciter les gens à trier mieux leurs déchets ! Je vous demande un peu ! Et pourquoi pas donner des conseils de jardinage et partager des astuces dans le domaine de la poterie, aussi ?

Mais cette fois, c'en est trop, le peuple ne se laisse pas faire. Ah, mais ! Il ne sera pas dit qu'on nous incitera comme ça ! Car on sait bien comment ça se passe. On commence par inciter les gens à trier leurs déchets et ensuite on leur suggère des évènements ludiques pour toute la famille ! Concrètement, nos sacs poubelles sont désormais taxés et il est formellement interdit de balancer ses ordures dans des sacs non-officiels, sinon après c'est l'anarchie. Le lobby des assassins a formellement dénoncé cette grave atteinte à sa liberté professionnelle. Pour les autres gens, en revanche, à cause de la gauche qui remet sans cesse en question les fondements de notre société, ça ne reviendra pas plus cher, vu qu'on t'en rembourse une partie. Mais si tu décides de quand même continuer à utiliser les sacs non-taxés, par principe, l'Etat s'en prend à ce que tu as de plus cher, il t'attaque jusque dans tes valeurs nationales : il ne ramasse pas, et après ça fait désordre (ou plus précisément, ça fait cheni). Et faire désordre, c'est ce qui peut arriver de plus grave à un Suisse, juste après avoir cinq minutes de retard et nier publiquement l'existence de Guillaume Tell. Mais pourtant, courageusement, des citoyens osent braver le gouvernement, ce qui donne lieu à un terrible bras de fer qui me rappelle furieusement la fois où j'avais dit à mon chat "je ne te redonnerai pas de croquettes tant que tu n'auras pas fini celles-ci" (il avait fini par gagner). Je dis pas ça pour râler, mais ceux qui pensent les Suisses incapables de se révolter se fourrent le doigt dans l'œil. C'est juste qu'ils se révoltent pour des trucs pas très importants.

 Espace collabo 
le 22/12/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais cette semaine, il y a eu l'inauguration de "Vents Contraires - le livre". J'y suis allé parce qu'on m'avait promis des groupies lascives et du vin blanc gratuit. D'abord, j'ai pris un TGV et un croque-monsieur, ce qui a failli m'être fatal. Puis, après diverses péripéties que je ne peux pas vous raconter car elles comportent des comportements qui pourraient choquer les lecteurs de ventscontraires.net vivant dans des contrées, et je sais qu'ils sont nombreux, où la consommation de fromage est interdite, il était l'heure de me rendre au théâtre du Rond-Point, alors je m'y suis rendu : comme je suis suisse, je suis très ponctuel. J'ai fait sept fois le tour du rond-point (j'avais oublié de noter le début) et ça a été très long car comme je suis suisse, je ne traverse qu'au vert. Au bout d'un moment, j'ai entendu de la lumière, alors je suis entré. Ce n'était pas le théâtre, mais l'ambassade d'Antigua-et-Barbuda. Je m'étais trompé de rond-point. Figurez-vous qu'à Paris, cette ville de tous les possibles, il y a plusieurs ronds-points, alors pourquoi le théâtre ne s'appelle-t-il pas théâtre d'un rond-point ? Je me le demande. Comme je suis suisse, j'aime la précision. Et j'ai donc repris ma route en bousculant et en insultant tous les passants et sans prendre la peine de m'émerveiller de la lumineuse beauté des décorations de Noël, puis je suis arrivé très en retard, alors tout le monde a fini par me prendre pour un Parisien et par me demander où pouvait bien se trouver l'ambassade d'Antigua-et-Barbuda, et nous avons passé une très bonne soirée tous les trois.

 Espace collabo 
le 29/10/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais là, je suis en train de faire un effort conséquent en vue de revitalier l'industrie exportatrice helvétique : je visite un pays en péril de la zone euro afin de soutenir son activité touristique. Mais évidemment, le gouvernement ne me soutient pas une seule seconde. Mais comme je suis un garçon consciencieux, j'ai préparé un peu à l'avance cette chronique, afin de réagir à l'actualité récente. Vous voyez bien de quoi je veux parler. J'aimerais d'abord dire que je suis très touché par la disparition précoce de cette personnalité publique dont j'avais adoré les films / la discographie / la chevelure / les voisins. En revanche, je trouve que cette déclaration politique d'un vieux chanteur / cette vidéo de chat / cette caméra cachée a fait couler un peu trop d'encre car il y a des choses plus importantes comme la situation économique / la faim dans le monde / les arbres.  
Voilà.

 Espace collabo 
le 04/10/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais c'est Mitt Romney qui a remporté le débat. Les juges l'ont déclaré vainqueur à l'unanimité par ippon dans le troisième round. Ça a l'air super important. Quelque part, aux Etats-Unis, peut-être à Punxsutawney mais peut-être pas, d'ailleurs ce n'est pas le sujet, il y a des gens, ils sont, je ne sais pas, représentants en articles de toilettage canin, ou compositeurs de musiques d'attente pour administrations municipales, je ne sais pas, je ne les connais pas vraiment, des gens qui se disent "ah tiens, j'allais voter Obama, mais il a perdu le débat". Ils n'ont pas regardé, hier soir, leur fils cadet Polgar avait une répétition avec son club de ballet, ils ont dû aller le récupérer avec le 4x4 parce que leur fille aînée Gunda avait cassé l'autre voiture en sortant du garage, depuis elle est consignée (mais il faut aussi dire que j'ai une vision des Etats-Unis principalement basée sur les sitcoms des années 90)(sauf pour les prénoms), mais ils ont entendu dire à la radio qu'Obama avait perdu le débat et, du coup, ils vont plutôt voter pour Ralph Nader. Parce que bon, perdre le débat, quand même, ça ne se fait pas, ce n'est pas comme ça qu'on nous a éduqués (rires). 
 
Et c'est pile leur voix qui va faire balancer le Connecticut (ou l'Indiana, je ne suis pas raciste) et ainsi faire pencher la balance, et c'est quand même ballot parce que d'habitude, ils n'écoutent jamais la radio mais là Ramuncho, leur labrador, a appuyé par inadvertance sur le bouton en essayant de ratrapper le frisbee que lui lançait Hans, le voisin noir homosexuel handicapé. Alors bon, quand on voit les milliards que les candidats investissent malgré la crise dans leurs campagnes pour tout perdre sur une blague mal placée en deuxième partie de débat, je me dis que finalement, on aurait mieux fait d'organiser directement des championnats du monde de débat, et à la fin le gagnant est président et tout le monde s'embrasse.

 Espace collabo 
le 26/08/2012
 

« Plus rusé, ton prochain texte », m’a-t-on demandé. Je me suis donc mis, pour chercher l’inspiration, dans la peau d’un renard, un animal qui, comme le prouve une récente étude de l’Université de Cambridge, est réputé pour sa ruse. Enfin, quand je dis « je me suis mis dans la peau », il faut le voir au sens métaphorique du terme, n’appelez donc pas immédiatement Brigitte Bardot, merci : alors que les températures flirtent avec les normes saisonnières en raison de la dépression centrée sur les Açores, se mettre physiquement dans une peau de roux serait une idée particulièrement peu rusée. Je me suis mis dans la peau d’un renard, donc, mais d’un renard urbain, cet animal fougueux qui a su s’adapter à la modernité, délaissant les poulettes pour se rapprocher des centres-villes, où il y a quand même plus de choses à faire le samedi soir. Alors qu’autrefois, le goupil était obligé de suivre un entraînement rigoureux dans les plus célèbres académies ninja pour pouvoir approcher sans se faire surprendre des poulaillers, il mise aujourd’hui sur des arguments différents : il a bien compris, comme avant lui le moineau qui a pourtant une cervelle de moineau, que pour pouvoir se prélasser dans les rues de nos villes, sans naturellement travailler , le renard a un terrible poil dans la main, il lui suffisait d’être mignon. Il a beau éventrer nos sacs poubelles et dévorer nos chatons, le renard a droit de cité dans nos cités grâce à sa grâce. Et c’est de la même manière que je vais tenter de faire passer ce billet un brin poussif à l’aide d’un sourire charmeur.

 Espace collabo 
le 27/02/2013
 

Je dis pas ça pour râler, mais le mouvement cinq étoiles du comique italien Beppe Grillo a fait une percée foudroyante lors des élections générales italiennes. On savait déjà que la frontière entre humour et politique était mince : Barack Obama est très drôle, le président de la Suisse Ueli Maurer est un comique et les Guignols de l'Info ont été élus deux fois à la présidence de la France, en 1995 et 2002.

Je trouve cela plutôt sain : humoriste est un métier dans lequel on passe vite de l'ombre à la lumière, du cinéma Capitole à la roche du tarpé, du million de vue sur youtube à la pub pour Crunch. Il est bon que certains préfèrent se reconvertir rapidement plutôt que d'aller grossir les rangs des chômeurs ou des invités des émissions de seconde partie de soirée sur les chaînes de seconde partie de télécommande.

Il serait même bon que d'autres métiers à tendance éphémère suivent cet exemple. Je ne parle pas ici des sportifs, qui ont compris depuis belle lurette, belle lurette moins le quart qu'ils pouvaient toujours devenir consultants ou, dans le cadre des spécialistes de l'équitation, ouvrir des restaurants italiens. Ni des chanteurs à la mode qui, une fois devenus has been, peuvent toujours tenter la méthode dite du M Pokora : se faire oublier un moment puis réussir, grâce à quelques pas de danse, un auto-recyclage. Pour les autres, il reste toujours les jurys de télé-crochets, on ne dira jamais assez à quel point la prolifération des nouvelles chaînes a permis de lutter efficacement contre le sous-emploi (et de l'occuper intelligemment).

Non, je parle ici des politiciens qui, une fois non réélus, plutôt que de tenter des come-back à répétition qui gênent ou fatiguent, selon les cas, feraient mieux de se lancer dans l'humour ou la chanson, comme vous et moi.

 Espace collabo 
le 08/02/2013
 

Je dis pas ça pour râler mais la technique dite de la porte ouverte des opposants au mariage pour tous a du bon : prétendre qu'ouvrir le mariage aux couples de même sexe est la première étape au mariage d'une étoile et d'un lion (par exemple), c'est assez génial.   Nous, en Suisse, on nous demande souvent notre avis sur plein de sujets bien moins rigolos. En mars, par exemple, nous allons devoir voter sur l'initiative contre les rémunérations abusives. En France, la question est réglée depuis longtemps, le règlement officieux du pays interdisant de gagner sa vie sous peine d'articles de Rue89. Mais en Suisse, ça va faire débat. Les opposants feraient bien de s'inspirer de l'exemple dit de la porte ouverte et lancer des slogans tels que "on commence par interdire les salaires abusifs aux chauffeurs de bus et très vite on bannit les abus d'alcool et l'équitation !"   Ca serait efficace et ludique.

 Espace collabo 
le 30/12/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais ça ne m'empêche pas plus que ça de dormir de savoir si Gérard Depardieu aime sa patrie ou non, parce que aimer sa patrie, c'est quand même sacrément bizarre, comme concept. Par exemple, moi, j'aime bien les panais mais pas le poisson pané. Et bien jadis, c'était exactement le contraire. Mais j'ai eu le droit de changer. Et je m'en félicite. De même, la jeune fille qui partage mes panais n'est plus tout à fait la même et complètement une autre que jadis. Les raisons de ces changements sont toutefois quelque peu différentes. Alors qu'une patrie, c'est difficile d'en changer en cours de route et on ne nous demande même pas notre avis (sinon j'aurais pris Antigua-et-Barbuda). Tu es né à Zanzibar ou sur les trottoirs de Ménières, ce n'est pas vraiment ta faute et toute ta vie, tu dois connaître ton hymne national, le fameux Druk tsendhen composé par Aku Tongmi en 1953 alors que tes goûts ont évolué, il y a même une période où tu aimais U2, c'est dire. Toute ta vie, tu devras fièrement porter l'étendard des valeurs de ton pays, alors que si ça se trouve c'est "Un pour tous et tous pour un" ou "Velouté et patrie", enfin, un truc auquel tu n'accroches pas. Alors que si on m'apprenait que Gérard Depardieu aime le poisson pané, là, oui, je serais révolté.

 Espace collabo 
le 27/11/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais Ueli Maurer va être élu président du Conseil fédéral. C'est un peu injuste. Parce que toi, là, qui me lis, tu es Français. N'essaie pas de nier : ça se voit. Et du coup, tu me compliques un peu la tâche. Si tu avais été Suisse, j'aurais écrit  "Ueli Maurer va être élu président" et ça aurait été une chronique vraiment hilarante. Les larmes aux yeux, tu aurais eu. Mais là, non. Je pourrais t'expliquer, mais ça prendrait des plombes. Je pourrais te laisser googler et revenir dans une heure, mais une vidéo de chat est si vite arrivée, de nos jours. Mais par exemple, entre autre énormités, il a dit que la place des femmes était à la cuisine, et je ne comprends pas comment on peut dire des choses pareilles alors que tous les grands chefs sont des hommes.
Du coup, pour m'adapter, j'ai décidé de parler de politique française, mais je n'ai toujours pas compris qui avait été élu président de l'UMP alors tant pis. Parlons météo.

 Espace collabo 
le 22/10/2012
 

Je dis pas ça pour râler mais aujourd'hui, pour faire parler de soi, il faut passer par les réseaux sociaux. Et pour faire parler les réseaux sociaux, l'idéal, c'est de parler des réseaux sociaux. C'est le serpent qui se poke la queue. Je me demande s'il en a toujours été de même. Quand on a inventé les bistrots, par exemple. Les 3/4 des conversations concernaient-ils le fameux top 10 des meilleures conversations de bistros de Jojo-le-rigolo ? Et même avant ça. Nous sommes à la Préhistoire, un mardi. Une fois par année, enfin, une fois de temps en temps car on n'a encore inventé le calendrier, ni même les années, chaque Clan envoyait un émissaire participer à une grande réunion pour informer les autres Clans de l'évolution des choses. Puis il revenait, plein d'usage et raison, raconter un peu ce qui s'était dit. Est-ce que ça donnait un truc du genre "Alors, ils ont trouvé un nouveau moyen de chasser ?" "Mmmh, non, rien de révolutionnaire." "Et le feu, quelqu'un a fini par comprendre à quoi ça pouvait servir ?" "Non, je crois que ça n'a vraiment aucun avenir." "Mais alors, de quoi vous avez causé ?" "Hé bien, UhGrruhr l'amusant nous a fait le top-beaucoup (car on n'avait pas encore inventé le 10) des situations gênantes pendant les réunions d'émissaires, c'était vraiment drôle !" ? Je ne crois pas.

 Espace collabo 
le 19/09/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais l'inspiration, c'est quand même n'importe quoi. Cet après-midi, par exemple, je suis allé chez le coiffeur. Normalement, quand on va chez le coiffeur, on a toujours des conversations assez engagées sur la météo et ses prochaines vacances, mais là non. Il m'a dit "ils jouent ce soir ?" j'ai dit "qui ?" il m'a dit "je sais pas trop, je crois qu'ils jouent ce soir", j'ai dit "oui, c'est bien leur genre", il m'a dit "je vous les coupe comment ?" j'ai dit "oh..." et ça s'est arrêté là. Du coup, mon esprit s'est mis à vagabonder par monts et par vaux alors que s'il était un peu resté concentré sur ce qui se tramait autour de lui, on n'en serait pas là aujourd'hui, mais il paraît qu'ils font de très bonnes perruques. 

J'ai eu 17 idées pour alimenter cette chronique, dont une bonne, mais que faire ? J'ai pensé prendre des notes mais par timidité, peut-être, je n'ai pas osé prendre des notes au gel sur le miroir.

Puis je suis reparti, en vélo, qui est un moyen de transport extrêmement propice à l'inspiration, d'autant plus que je ne porte jamais mon oreillette règlementaire, mais comme j'avais faim toutes les idées que j'avais concernaient le poulet et parfois même la mayonnaise, et je vois bien que ce n'est pas le lieu.

Enfin, je me suis retrouvé devant un ordinateur. Et là, plus rien.   Rien de rien.

Ou alors...   Non, même pas.

 Espace collabo 
le 18/08/2012
 

J'aimerais, une fois n'est pas couture, profiter de cet espace mis à ma disposition pour parler de quelque chose d'important. Pousser un cri d'alarme. Ça va cinq minutes de faire le guignol, mais il y a des moments où il faut savoir rester sérieux. Il y a des sujets avec lesquels on ne peut pas plaisanter.

En réalité, je ne vois qu'un seul sujet avec lequel on ne peut pas plaisanter : le fromage.

C'est pourquoi, j'aimerais le dire une fois de plus, car je constate, hélas, qu'il y a encore des gens qui l'ignorent. Et l'ignorance, comme on le sait, est mère de tous les vices.

Il n'y a pas, il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais de trous dans le Gruyère. Quand vous dites : "ohlala, c'est un vrai Gruyère", en parlant, je ne sais pas, moi, d'un ami à vous, par exemple, vous voulez dire qu'il vient de la riante ville de Gruyères, qu'il est un peu jeune et risque de faire trancher la fondue, qu'il est savoureux, débrouillez-vous, c'est votre ami, pas le mien, mais en aucun cas vous ne voulez dire qu'il est très troué.

Je ne sais pas comment cette méprise est née. Peut-être d'un fromager qui avait un défaut de prononciation, il n'arrivait pas à dire "Emmental" alors il a appelé ça "Gruyère", c'est vrai que c'est assez voisin, comme sonorité, et comme c'était un fromager connu, c'est resté. Peut-être est-ce simplement le signe d'un complot mondial pour nuire à la réputation des fromages suisses. Peut-être, plus simplement, s'agit-il d'inculture : un malencontreux vendeur aura confondu, avec une touchante sincérité, un divin Gruyère avec un caoutchouteux Emmental mais, avec le bagoût qui le caractérie, aura réussi à semer le doute dans les esprits, au point qu'aujourd'hui, des millions de gens confondent. Parfois, on ne croit pas celui qui a le plus raison, mais celui qui parle le plus fort. Cela s'est vu, par le passé : ainsi, on a réussi à faire croire au monde entier qu'il traversait une terrible période de crise et que ça allait pas en s'améliorant, et donc que c'est pas le moment de faire la fine bouche au rayon fromages étrangers, juste en le disant souvent et très fort, on peut bien réussir à lui faire avaler n'importe quel fromage.

 Espace collabo 
le 21/02/2013
 

Je dis pas ça pour râler, mais je m'interroge quant à mon rapport à l'argent.  Par exemple, je ne suis pas scandalisé quand j'apprends que quelqu'un vient de gagner 60 millions d'euros à la sueur de son front en trouvant les cinq bons numéros de l'Euromillions. Pourquoi le serais-je ? Au contraire, je suis même fasciné que tant de gens dépensent chaque semaine de l'argent juste pour se payer le droit d'espérer. Je trouve qu'il faudrait remplacer les impôts par une loterie obligatoire. On garderait une partie des gains pour les routes, les écoles et tout ce genre de choses, on tirerait au sort un gagnant chaque semaine et tout le monde serait content.

Je ne suis pas scandalisé non plus quand Roger Federer gagne des fortunes pour aller disputer des tournois exhibition. Pourquoi le serais-je ? Je suis juste impressionné. Car il faut beaucoup de temps pour tenir sa raquette d'une main et ouvrir son grand imperméable de l'autre. En revanche, comme tout bon suisse, je suis scandalisé quand j'apprends qu'un ex-grand patron de la pharmaceutique peut gagner plus de 60 millions sans même avoir à trouver de numéros, juste pour promettre qu'il n'ira pas travailler pour la concurrence. Je suis scandalisé parce que depuis le temps que je rêve d'être payé à rien faire, voilà que lui l'est pour promettre de ne rien faire. Voilà bien un domaine dans lequel j'excellerais ! Et pourtant, personne ne m'a jamais rien donné pour ça. Je vais donc de ce pas demander à M. Ribes combien il pense me donner pour que je ne parte pas fissa écrire gratuitement pour la revue collaborative Zéphyrs opposés

 Espace collabo 
le 24/01/2013
 

Je dis pas ça pour râler mais au début, le mariage pour tous, j'étais plutôt contre : je suis un farouche partisan du mariage pour personne. Je veux dire, je n'ai rien contre les buffets de dessert et les oncles saouls, mais si ça implique de sacrifier à des traditions archaïques et patriarcales, autant aller directement au stand de tir. Seulement, il paraît que c'est pas ça, la contre-proposition. Je dis pas ça pour râler, mais en revanche, l'adoption pour tous, au début, j'étais plutôt pour, même si j'ai mal saisi le glissement sémantique qui fait invariablement passer à l'un quand on parle de l'autre et inversement. Mais comme je suis un garçon instruit, j'ai quand même lu les arguments des opposants, pour pouvoir me moquer. Il ne faut jamais faire ça. J'ai failli changer d'avis. A cause de cet argument si pertinent : oui mais après, à l'école, les autres enfants se moqueront. Car c'est bien connu, les enfants dont on se moque finissent très mal, il paraît que certains sont même chroniqueurs pour Ventscontraires, la revue participative du théâtre du rond-point, terrible repaire de gauchistes et, pire, d'artistes, c'est dire s'il y a danger. Donc, oui, aujourd'hui, je le clame, supprimons la moquerie, ce si terrible fléau. Et pour cela, la solution la plus évidente est évidemment de supprimer toutes les possibilités de se moquer. Commençons par prohiber la rousseur. Et dans la foulée, interdisons aux gens d'être petits (quelle idée saugrenue!), grands, gros, maigres ou suisses allemands. Plus jamais de Bouboule qui va toujours au but quand on fait du foot, plus jamais ! Et combien de temps devrons-nous encore tolérer les premiers de classe, ces gens si quolibetogènes ? Puis nous nous attaquerons aux défauts de prononciation. A la maladresse et à la nullité en sport. Puis, enfin, nous fermerons nos écoles à tous ceux qui aiment les épinards.

 Espace collabo 
le 27/12/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais l'autre jour, j'ai été à Paris pour avoir du vin blanc gratuit et du vin chaud cher, et pour voir si leur fin du monde était mieux que la nôtre. Après, parce qu'il faut bien rentrer, je suis rentré. En TGV. Avec 20 minutes de retard, à cause d'un "retard dans la préparation du train". J'ai envie de demander : de qui se moque-t-on ? De qui se moque-t-on ? Est-ce que vraiment le train s'est demandé si ses roues étaient bien accordées avec sa calandre ? Est-ce qu'il n'y avait pas d'eau chaude parce que sa coloc, une vieille loco à vapeur, avait encore passé deux heures sous la douche ? Est-ce que plus simplement, il avait fait la noce toute la nuit avec le Nogent-le-Rotrou - St-Pierre-des-Corps et c'est pour ça qu'il s'était réveillé en retard ? Parce que moi, quand je suis arrivé en retard, sous les huée du grand patronat, quand j'ai dit "ouais mais c'est le train qui ne trouvait plus ses clés", il ne m'a pas pris au sérieux. Alors je pose la question.

 Espace collabo 
le 19/11/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais j'ai été élu à la présidence de l'UMP. Avec une confortable avance sur mon dauphin. Je ne comprends pas vraiment comment c'est possible. Je suis un peu embêté, je n'avais rien de spécial de prévu aujourd'hui mais je ne suis pas français et pas de droite, alors c'est pas très pratique. Heureusement, je ne suis pas de gauche non plus, mais je suis tout de même un peu moins pas de gauche que pas de droite, surtout politiquement. Heureusement, il y a un truc que j'aime bien, c'est être dans l'opposition. J'aime bien m'opposer. Je suis contre les augmentations d'impôts, la peine de mort, le mariage hétérosexuel, les teckels, la légalisation du pantacourt, les changements structurels et la loi de la relativité universelle. Je n'ai pas encore eu le temps de songer à un programme, car je devais acheter un costume neuf pour passer à la télévision, mais je vous promets d'y travailler. Au revoir.

 Espace collabo 
le 11/10/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais le prix Nobel de littérature m'a encore échappé cette année.

Alors oui, je sais ce que vous allez me dire, il faudrait d'abord écrire un peu, pour ça. Je trouve ce jugement très normalisant. Je trouve qu'il serait temps de récompenser enfin l'art du roman inachevé. Inachevé et même indébuté, d'ailleurs. D'autant plus que cette catégorie méestimée de la littérature est complètement dans l'air du temps. Le roman inachevé est évolutif, interactif. Cela fait bien vingt ans que j'ai commencé l'écriture du mien. Enfin, quand je dis commencé l'écriture, j'ai surtout travaillé sur le plan. Au début, c'était une œuvre de science-fiction assez avant-gardiste, puis ça a parlé d'un trentenaire qui plaque tout pour aller refaire sa vie à Vesoul, aujourd'hui c'est un essai sur la procrastination avec des elfes cyborgs dépressifs. Et il y a un rebondissement et deux métaphores. Alors oui, je sais ce que vous allez me dire, oui mais comment veux-tu juger une œuvre littéraire qui n'existe même pas ? Mais justement, l'art ne doit-il pas stimuler l'imagination, alors si tout est écrit, franchement, comment veux-tu ? et puis bon, sérieusement le poète suédois de l'an dernier, personne ne l'avait lu non plus. Mais en somme, tout cela n'est pas grave : j'ai de bons espoirs pour le prix Nobel de la Paix.

 Espace collabo 
le 08/09/2012
 

Je dis pas ça pour râler, mais septembre, c'est n'importe quoi.

Déjà, le nom. Le neuvième mois de l'année s'appelle septembre. Bien sûr. Et on tolère des choses pareilles depuis des siècles. Pas étonnant, dès lors, que le monde se dirige vers le chaos. Comment voulez-vous que les jeunes trouvent des repères dans un monde où septembre est le neuvième mois de l'année, je vous le demande ?

Et puis la météo. La nature va bientôt revêtir son orange manteau, mais pas encore tout à fait. Ce n'est plus vraiment l'été, même après dissipation des brumes matinales en raison d'une zone de haute-pression centrée sur la Manche, mais pas encore l'été indien, alors est-ce qu'on s'aimera encore même quand l'amour sera mort ? Je ne sais pas, je pose la question. Est-ce qu'on a encore le droit de manger des tomates, est-ce qu'il n'est pas un peu tôt pour les courges ? Est-ce qu'on doit ranger les affaires d'été à la cave, est-ce qu'on a le droit de porter encore un peu le désopilant t-shirt ramené de Lloret del Mar cet été ? Beaucoup d'incertitudes, d'où insécurité, tensions, mais évidemment le gouvernement ne fait rien.

Et puis septembre, c'est le mois des rentrées alors même quand on ne va plus à l'école depuis plusieurs siècles, qu'on ne va finalement pas publier son grand roman épique qui raconte l'histoire d'un mec de 35 ans partagé entre sa nostalgie de la dépression de la trentaine et son angoisse de la crise de la quarantaine et qui décide de tout plaquer pour partir faire du shopping avec des vampires pendant que l'équilibre même du royaume est menacé par une secte d'elfes lubriques, qu'on a fini par accepter qu'on ne serait jamais footballeur professionnel et que Servette ne remporterait jamais la Champion's league, et qu'on a fini par accepter que même avec une nouvelle grille des programmes entièrement remaniée, il n'y avait rien à la télé ce soir, on se sent concerné et on prend des tas de résolutions qu'on ne tiendra pas plus que celles du 1er janvier, de son anniversaire, de l'anniversaire de la prise de Sébastopol et de la Saint-Aygulf.   Alors non, vraiment, septembre, moi, je suis contre.

 
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