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rond point
Publié le 28/08/2012

Auteurs maison

 

Jean-Marie Gourio


Il commence à écrire en 1976 dans le magazine Hara-Kiri, dont il devient bientôt rédacteur en chef adjoint. C'est là que paraissent ses premières "brèves de comptoir". Il écrit aussi pour la radio, la télévision, le cinéma et la bande dessinée. Et puis des romans, 9 à ce jour. Depuis 1987, il publie un recueil de Brèves de comptoir par an. Après ses Nouvelles Brèves de comptoir au Rond-Point avec Jean-Michel Ribes, il va lancer sur ventscontraire.net des Haïku de comptoir, des essais philosophiques épais comme un fil, des visions, des pensées en rond, des tribunes de stade...
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Pendaison

La pendaison
Au plafond
De la maison
Poème maudit
Jambon fumé


 Auteurs maison 
le 22/06/2010
 

Hall du Théâtre du Rond-Point. Une spectatrice compulse fébrilement le programme de saison. Soudain elle se dirige vers le responsable de l’accueil.
LA SPECTATRICE. – S’il vous plaît, appelez-moi le Directeur !
Le Directeur apparaît aussitôt derrière elle.
LE DIRECTEUR. – Madame ?
LA SPECTATRICE. – Je ne peux pas le croire, il n’y a aucun auteur mort ici ?
LE DIRECTEUR. – C’est un théâtre Madame, pas un cimetière.
LA SPECTATRICE. – Et ce n’est pas dans les théâtres que sont joués les grands auteurs ?
LE DIRECTEUR. – C’est ce que nous faisons Madame.
LA SPECTATRICE. – Vous plaisantez ?
LE DIRECTEUR. – Du tout.
LA SPECTATRICE (montrant le programme). – Mais ils sont tous vivants chez vous !
LE DIRECTEUR. – Et alors ?
LA SPECTATRICE. – Comment pouvez-vous savoir si ce sont de bons auteurs ?
LE DIRECTEUR. – Nous faisons confiance à notre goût, Madame.
LA SPECTATRICE. – Quel goût ? Vous êtes capable vous, de dire si l’entrecôte est bonne quand la vache est encore vivante ? Qui peut jurer de la saveur d’une saucisse ou de la qualité d’une rillette quand le cochon patauge dans les topinambours ?
LE DIRECTEUR. – Madame, je vous assure qu’ici…
LA SPECTATRICE. – Non, pas à moi, je connais la chanson ! Vous connaissez Lucien Karl ? Jacques Lecalin ? André Granbourg ?
LE DIRECTEUR. – Non.
LA SPECTATRICE. – Normal. Tous oubliés. Des nuls. Seulement, de leur vivant, leurs pièces ont assommé des centaines de spectateurs imprudents, dont ma propre famille, qui s’étaient jetés dans des théâtres sans vérifier l’acte de décès de l’auteur…, et je ne parle pas des acteurs indigents qui les jouaient…
LE DIRECTEUR. – Ah ça, les acteurs, vous comprendrez que nous sommes obligés de les engager vivants. Même si j’imagine que pour vous, l’idéal serait que des acteurs morts jouent des auteurs morts.
LA SPECTATRICE. – Ah ça c’est sûr ! Croyez-moi, si vous programmiez Sarah Bernhardt dans une pièce de Corneille, ce serait un tabac ! Et nous les spectateurs on viendrait les yeux fermés.
LE DIRECTEUR. – Mais vivants ?
LA SPECTATRICE. – Et heureux de l’être !… Quand même, reconnaissez que ce que je vous dis est l’évidence même.
LE DIRECTEUR. – Je n’en suis pas sûr.
LA SPECTATRICE. – Ah bon et pourquoi ?!
LE DIRECTEUR. – Vous êtes vivante, Madame.
LA SPECTATRICE. – Exact (elle reste interdite un instant). Ce n’est pas faux.
LE DIRECTEUR. – J’en ai l’impression.
LA SPECTATRICE. – C’est ce que me dit souvent mon mari quand je lui parle.
LE DIRECTEUR. – Qu’est-ce qu’il vous dit ?
LA SPECTATRICE. – « Tu sais Simone, par moments je te préfèrerais morte que vivante ».
LE DIRECTEUR. – Je le comprends.
LA SPECTATRICE. – Seulement c’est pas gagné parce que si une fois morte je ne valais plus rien ?
LE DIRECTEUR. – Ça, mystère… !
LA SPECTATRICE. – La solution serait…
LE DIRECTEUR. – Peut-être que vous ne mangiez plus de viande…
LA SPECTATRICE. – Voilà ! Comme ça on est tranquille… peu importe que la vache soit vivante ou pas…
LE DIRECTEUR. – Je vous propose un abonnement ?
LA SPECTATRICE. – Pourquoi pas.
LE DIRECTEUR. – La caisse est ici Madame. Autre chose ?
LA SPECTATRICE. – Non… tout va bien. Merci.
LE DIRECTEUR. – À bientôt Madame.
La spectatrice sort son carnet de chèque en fusillant du regard le Directeur qui s’éloigne…
LA SPECTATRICE. – Je l’aurai… un jour je l’aurai…
FIN

 Auteurs maison 
le 01/10/2010
 

Octobre. Dès l'arrivée des premiers frimas, l'auteur dramatique rend visite aux directeurs de théâtre dont le chauffage marche bien. Les feuilles qui jaunissent, les jours qui s'abrègent et le salon de l'auto donnent à ses écrits une émotion particulière. Il peut attraper une bronchite. Il se lève avec les poules et se couche avec d'autres. Son héros préféré est Artaxerxès, son arme favorite l'arquebuse et ses pensées vagues abondent.


Extrait de Multilogues suivi de Si Dieu le veut, © Actes Sud, 2006.
http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742760701



 Auteurs maison 
le 18/03/2013
 

- C'est pas la peine de mettre des étoiles dans le ciel si c'est pour regarder par terre ! En même temps, c'est pas la peine de mettre une terre pas terre si c'est pour regarder dans le ciel ! En même temps, c'est pas la peine de mettre un ciel dans le ciel pour regarder par terre ! En même temps, ça sert à rien de mettre un ciel dans le ciel ! En même temps, ça sert à rien de mettre une terre par terre !
- Mais ta gueule !
- T'as raison, je vais me recoucher ! Par terre ! Pour regarder le ciel ! Tant qu'il y aura une terre ! Tant qu'il y aura un ciel ! Je me coucherai par terre ! Pour regarder le ciel !
- Mais arrête de gueuler !
- Quoi la raison ?
- T'as réveillé la terre et tu fais chier le ciel !
- M'en fous !
- Crève gueulard !
- Je vais me coucher sous la terre ! Trucidé ma grande gueule ! Je mangerai de la terre ! Je verrai plus le ciel !
- Ne meurs pas mon ami !
- Trop tard !
- Moi j'aimais bien comme tu gueulais avec ta gueule !
- Fallait le gueuler avant ! ma langue est aux fourmis.

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point