Extension du domaine du
rond point
Publié le 19/10/2012

Espace collabo

 

Thomas Vinau


Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
etc-iste.blogspot.com
Partager
a

Nicolas Bouvier

Clochard céleste, portrait 35

Nicolas Bouvier ( 1929-1998) est un écrivain un peu spécial. Il se sert de ses chaussures pour écrire. La rosée est son encre. Le vent tourne ses pages. Premier voyage à 17 ans. Nicolas Bouvier est un aventurier qui ne cherche rien. À devoir, comme tout le monde, mettre un jour devant l'autre, lui mets ses pas dedans et il avance. Simplement. Nicolas Bouvier avance. Sur toutes les routes du monde. En fiat ou en groles. Et le chemin le rince. Et le chemin l'écrit. Nicolas Bouvier est une feuille blanche qui boit de la pluie. Si vous croisez, sur un des quatre continents, un petit caillou blanc usé jusqu'à la lime, c'est probablement que Nicolas Bouvier lui a fait trop de bisous. Nicolas bouvier avance avec lenteur sur la terre des hommes. Toute la terre. Tous les hommes. Il connait le goût de la poussière de chaque côté de l'horizon. Il connait les légumes. Il connait les sourires. Il écrit pas à pas, comme il avance, comme il trempe la langue, comme il boit, doucement. Lentement. Calmement. Les empreintes de ses pieds sont des estampes. Un sioux un peu poète pourra remonter sa piste d'est en ouest, à travers le ciel. Dans le vide et le plein, carnets du Japon il écrit :" Un voyage est comme un naufrage, et ceux dont le bateau n'a pas coulé ne sauront jamais rien de la mer."

 Espace collabo 
le 17/08/2011
 

Il existe un lieu, au milieu d’un pays ravagé par 50 ans de soviétisme, où vous trouverez une centaine de statues datant de l’ère stalinienne de leaders, tyrans, criminels, officiers de l’Armée Rouge et autres partisans antipathiques. Tous ces Lénine, Staline, Dzerzhinsky déboulonnés après l’indépendance de 1991 ont été récupérés un à un par un certain Viliumas Malinauskas. Ce PDG d’une usine de conserves de champignons a voulu recréer l’atmosphère pesante, propagandiste et terrifiante de la pensée unique qui a opprimée la Lituanie pendant plus d’un demi-siècle. Sous couvert du devoir de mémoire, ce parc d’attractions (c’est ainsi qu’il est présenté) vous propose ainsi de pénétrer un camp sibérien reconstitué au milieu des pins et des marais, entouré de miradors et d’haut-parleurs hurlants chants patriotiques et hymnes staliniens. L’ambiance est donnée tout de go via la visite d’un wagon qui vous (dé)portera au prochain Goulag, puis par un parcours pédestre égrenant les statues des tortionnaires les plus belliqueux de la Terreur Rouge autour desquelles les familles se pressent de se faire photographier (sic) et où l’on oscille doucement entre ironie et indignation. Comble de l’effroi vous découvrirez une boutique de souvenirs aux effigies des tyrans croisés plus tôt, mais aussi un restaurant dont les serveuses vêtues d’un foulard rouge vous accueillent et vous proposent de revivre la cuisine frugale de l’ère soviétique (comprenez 2 sardines et 3 rondelles d’oignons) en lisant un journal russe arborant le portrait du petit père des peuples. Quand on apprend que la Lituanie a vu la déportation d’un tiers de sa population et la mort de 250.000 personnes, ce parc d’attractions, qui semble frôler parfois une nostalgie fétide plutôt que la dénonciation d’une idéologie, laisse un gout amer, une nausée qui vous tenaille longtemps encore après avoir quitté les barbelés du Gruto Parkas sous le regard inquisiteur d’un Josef Stalin en bronze de 3 mètres de hauteur.

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point