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rond point
Publié le 18/10/2012

Espace collabo

 

Jacques Géraud


Jacques Géraud est né, a fait des études sérieuses, peut-être même un peu rasoir, ou barbantes, ou les deux, qui lui ont valu des titres ronflants, normalien, agrégé, qui l'ont conduit à faire le prof (de lettres) dans les lycées tandis qu'il écrivait des livres bizarres tantôt publiés (P.O.L puis PUF puis JBZ&Cie), tantôt refusés. Il a vécu un tiers de temps dans le Sud-Ouest, puis deux tiers à Paris, il a entrepris un quatrième tiers à Lyon, pour que ça fasse triangle dans l'hexagone. Son dernier livre : Motodrome – Petit glossaire en haute définition, lardé de citations & truffé d'historiettes, aux Éditions de l'Arbre Vengeur (2012).

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Ce fumeur, non de Havane, mais de haschich, a cru pouvoir cacher son jeu délictueux en escamotant le joint qu'il tenait dans sa main droite ! Malheureusement tout le trahit, à commencer par la légère fumée blanche, comme à l'heureuse issue d'un conclave, qui persiste à s'élever du pétard aboli, sans parler de son air complètement planant. Mais sans doute aura-t-il jugé astucieux, à l'approche des keufs, pour les détourner de l'objet, même envolé, du délit, de soudain susciter dans sa main gauche cet objet non-identifié, de couleur carmin ou incarnat, décoré d'une frise ou d'une guirlande, surmonté d'une sorte de flamme qui pourrait bien être le bouchon surdimensionné et enjolivé d'un flacon de parfum ? Et il n'est pas impossible qu'il médite ou qu'il rêve, au sein des suaves vapeurs du shit, de déboucher le flacon pour inviter les flics à le respirer, convaincu que les fragrances à nulle autre pareilles de son parfum innommé, et d'une tout autre efficace que ceux jamais élaborés par aucun "nez" chez Chanel, YSL, Oscar de la Renta et tutti quanti, auront l'immédiate vertu de plonger les poulets dans une extase dont il ne reviendront pas, couchés sur le dos dans l'herbe tendre de la pelouse, béats, les yeux clos, la main posée sur leur matraque inutile, immobiles sauf leur narine qui palpite comme s'ils inhalaient sans fin l'essence peut-être la plus tenace, la plus subtile, la plus étrange qui fût jamais ?

 Espace collabo 
le 20/07/2012
 

Admettons que vous ayez de l'argent. Beaucoup d'argent. Beaucoup plus que ça. Mais de l'argent gagné à la sueur d'une énergie pas très renouvelable et bientôt épuisée. Si vous êtes un peu malin, vous le dépensez pour acheter des choses qui à leur tour vous rapporteront de l'argent. Même si vous n'en avez plus vraiment besoin, juste pour le principe. Ça s'appelle l'économie (mais non, ce n'est pas un mot suisse)(mais si, ça existe aussi en France, voyons!)

Mais comme après ça, il vous reste toujours beaucoup d'argent, vous pouvez en dépenser un peu pour vous faire plaisir. En achetant Armani, par exemple, ou bien la Grèce. Bien sûr, il y a des choses qui ne s'achètent pas, le sourire d'un enfant, le bruissement du vent dans les feuilles au petit matin, le souvenir ému de votre premier picodon, Jean-Jacques Goldman. Mais vous êtes tellement riche que bon, on va voir ce qu'on peut faire, moyennant évidemment un minuscule supplément.

Mais comme après ça, il vous reste toujours beaucoup d'argent, vous pouvez aussi vous acheter des trucs et des bidules. Ça ne sert à rien, ça ne peut pas se mettre sur la cheminée, ça ne fait pas pouet quand on appuie dessus, ça ne fera même pas un joli souvenir à offrir aux voisins, ce n'est même pas très joli. Par exemple le PSG. Les historiens ont appelé cela "l'hérésie Qatar"

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point