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rond point
Publié le 11/10/2012

Espace collabo

 

Raphaël Chabloz


Bien que n'ayant jamais pratiqué le water-polo, je suis blogueur, journaliste, suisse, traducteur et parfois même auteur, mais pas trop. J'aimerais vous parler de mon enfance et de ma passion pour les dés de courgette. Hélas, les icônes scintillantes figurant sur ce site me terrifient et, pour le dire franchement car c'est important la franchise, me tétanisent.

http://www.bonpourtonpoil.ch/
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Cent ans de solitude

Ce titre n'a pas grand-chose à voir avec le contenu de la chronique, j'estime

Je dis pas ça pour râler, mais le prix Nobel de littérature m'a encore échappé cette année.

Alors oui, je sais ce que vous allez me dire, il faudrait d'abord écrire un peu, pour ça. Je trouve ce jugement très normalisant. Je trouve qu'il serait temps de récompenser enfin l'art du roman inachevé. Inachevé et même indébuté, d'ailleurs. D'autant plus que cette catégorie méestimée de la littérature est complètement dans l'air du temps. Le roman inachevé est évolutif, interactif. Cela fait bien vingt ans que j'ai commencé l'écriture du mien. Enfin, quand je dis commencé l'écriture, j'ai surtout travaillé sur le plan. Au début, c'était une œuvre de science-fiction assez avant-gardiste, puis ça a parlé d'un trentenaire qui plaque tout pour aller refaire sa vie à Vesoul, aujourd'hui c'est un essai sur la procrastination avec des elfes cyborgs dépressifs. Et il y a un rebondissement et deux métaphores. Alors oui, je sais ce que vous allez me dire, oui mais comment veux-tu juger une œuvre littéraire qui n'existe même pas ? Mais justement, l'art ne doit-il pas stimuler l'imagination, alors si tout est écrit, franchement, comment veux-tu ? et puis bon, sérieusement le poète suédois de l'an dernier, personne ne l'avait lu non plus. Mais en somme, tout cela n'est pas grave : j'ai de bons espoirs pour le prix Nobel de la Paix.

 Espace collabo 
le 01/07/2011
 

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En publicité comme en politique, on a besoin d’une opinion publique. On l’appelle « les gens », « les Français », « la ménagère » ou « Monsieur Dugenou », mais la réalité de base est toujours la même : il existe une kyrielle de personnes différentes, avec des avis différents, des besoins différents et des aspirations différentes, mais aussi un peu pareils des fois. Et il faut en faire un tout compact et transparent, qu’on peut facilement saisir et qui offre des généralisations bien pratiques, du type « les Français veulent plus de sécurité » ou « la ménagère veut qu’on lui vende du rêve ».

En publicité comme en politique, il n’est pas question de tirer cette opinion publique vers l’avant. Il est question de la suivre. De la comprendre au mieux. De savoir de quoi parlent tous les Monsieur Dugenou et les Madame Duchemin quand ils prennent le thé. Mais en publicité comme en politique, on ne croise pas Monsieur Dugenou et Madame Duchemin tous les jours (on a arrêté de prendre le métro, c’est sombre et ça pue la pisse).

En publicité comme en politique, Monsieur Dugenou et Madame Duchemin sont donc des graphiques en bâtons, des courbes, des camemberts et de bons vieux clichés réacs. Une pincée de mépris et l’on obtient des certitudes sur ce qu’ils veulent entendre. Et l’on a bon espoir que si on leur dit ce qu’ils veulent entendre, ils nous donneront ce qu’on attend d’eux.

Dans une France où tout le monde penserait ainsi, la peine de mort aurait cours, l’on avorterait encore avec des kits de loisirs créatifs et la publicité ne serait que le tas infâme et fade de clichés que cette chronique essaie de dénoncer.

Et maintenant, une parenthèse de fiction théâtrale (toute ressemblance avec des faits réels est probablement garantie par une étude d’opinion) :

MONSIEUR DUGENOU. - Ah vous verriez ma petite-fille. A 6 ans c’est déjà une vraie petite femme. Comme elle minaude ! Tout ce qu’elle veut, elle l’obtient !

MADAME DUCHEMIN. - C’est celle dont les parents ont divorcé ?

MONSIEUR DUGENOU. - Non, ça c’est mon autre petite-fille. Mon fils n’a pas aimé que sa femme lui fasse un gosse dans le dos. Il était pas prêt vous voyez. Mais c’est comme ça les femmes, quand y’a les hormones qui se réveillent, elles peuvent pas attendre. Elles sont faites pour ça après tout !

MADAME DUCHEMIN. - Ah ben oui hein, c’est la nature. Les femmes elles ont le charme pour elles, les hommes c’est la force. Il faut respecter ça.

MONSIEUR DUCHEMIN. - C’est bien vrai ça : il faut respecter la nature. Tenez, les homosexuels, moi j’ai toujours dit : c’est contre-nature. C’est qu’ils ont pas essayé d’être normaux, ou que ça s’est mal passé. J’ai toujours dit : un homme, ça ne peut pas résister à une belle femme !

MADAME DUCHEMIN. - Bien sûr. Y'a quoi à la télé ce soir ?

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point