Extension du domaine du
rond point
Publié le 08/10/2012

Auteurs maison

 

Ed Wood


Poète trash et licencieux, il mélange les mots et les cinq sens pour faire rougir les spectateurs de tout âge. Amoureux de la langue française et de ses jolies formes il s’amuse à confronter la décadence de ses propos à un langage précieux et raffiné. Son péché préféré ? La luxure, qu’il célèbre avec malice et gourmandise dans des textes finement ciselés au sein du Grandiloquent Moustache Poésie Clud et du groupe Ed Wood Is Dead.
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«La vie est une soirée où on fait semblant de s'amuser mais qu'on ne veut pas quitter car toute sortie est définitive.»



 Auteurs maison 
le 23/08/2012
 

Est-il rien de plus idiot qu’une porte ? L’idée n’a pu naître que dans un esprit lui-même fort obtus, sinon tout à fait béant. Car la porte, ou bien livre passage en un point de l’espace où, auparavant, il n’y avait rien pour contrarier la libre circulation, à quoi donc elle veille inutilement ; ou bien interdit l’accès à tel ou tel lieu qu’elle clôt, mais alors elle ne suffit pas et, sitôt installée, il convient d’ériger autour d’elle de hauts murs, et c’est un pénible charroi de pierres et de poutres, toute une industrie des plus harassantes qui se met en place, un labeur inhumain qui s’ensuit, propulsant le maçon en des hauteurs vertigineuses sur un échafaudage de fortune, tandis que l’abrutissante musique des sphères captée sur son poste à transistor résonne dans tous les environs ; obligeant charpentiers et couvreurs arrachés à l’attraction terrestre à bâtir eux-mêmes en catastrophe la piste noire d’ardoise humide qui leur permettra de regagner le sol, au fond du ravin, non sans contusions et traumatismes dont la quadriplégie est le moindre multiple.      
À cause de la porte, tout ça. Puis, celle-ci enfin montée sur ses gonds, quand on a bien balayé phalanges et phalangettes qui traînent encore sur le seuil et que l’on a donné un double tour de clé et de verrou, il n’est que temps de découper à sa base une chatière, car Minette dehors miaule à fendre l’âme, affamée, crottée, épouvantablement lépreuse, chatière qu’il va falloir faire plus large que prévu car la pauvrette a été aplatie par tous les matous non tatoués du quartier et la voici si bien pleine qu’elle doit couver une partie de ses œufs dans deux sacoches suspendues à ses flancs.      
On a donc commencé à scier le panneau de bois, et ce n’est pas fini, il faut encore percer une fente en son centre sans quoi notre courrier restera en souffrance, puis un œilleton ou judas pour aviser l’importun qui toque à une heure pareille avant de lui ouvrir, car comment faire autrement si l’on veut lui botter les fesses ?      
Vraiment, je ne vois rien à dire en faveur de la porte qu’il faut tantôt tirer tantôt pousser, toujours dans l’obligation donc de s’y reprendre à deux fois car une étrange malédiction condamne systématiquement notre intuition première. Alors certes, nous pouvons aussi la claquer avec force pour exprimer notre mécontentement – mais, que je sache, la bonne vieille gifle des familles n’a pas été inventée pour les manchots et elle a le mérite de ne pas nécessiter l’intervention préalable du menuisier. La porte est une aberration que rien ne justifie.      
Mais alors, que faire ? J’ai la solution, mes amis : dégondons ! Sortons les portes de leurs gonds et nous resterons dans les nôtres. De nos portes, nous ferons des luges, des radeaux pour partir à la découverte du monde au lieu de nous cloîtrer dans nos intérieurs rances avec la blatte domestique et la pomme de terre germée. Ainsi nous irons, dans l’espace ouvert à toutes les aventures, libres comme l’air sous les étoiles, émus jusqu’aux tréfonds par la douceur nouvelle des choses.

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point