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rond point
Publié le 04/10/2012

Espace collabo

 

Raphaël Chabloz


Bien que n'ayant jamais pratiqué le water-polo, je suis blogueur, journaliste, suisse, traducteur et parfois même auteur, mais pas trop. J'aimerais vous parler de mon enfance et de ma passion pour les dés de courgette. Hélas, les icônes scintillantes figurant sur ce site me terrifient et, pour le dire franchement car c'est important la franchise, me tétanisent.

http://www.bonpourtonpoil.ch/
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J'avais des hauts, j'avais des bas

j'avais plus ou moins chaud

Je dis pas ça pour râler, mais c'est Mitt Romney qui a remporté le débat. Les juges l'ont déclaré vainqueur à l'unanimité par ippon dans le troisième round. Ça a l'air super important. Quelque part, aux Etats-Unis, peut-être à Punxsutawney mais peut-être pas, d'ailleurs ce n'est pas le sujet, il y a des gens, ils sont, je ne sais pas, représentants en articles de toilettage canin, ou compositeurs de musiques d'attente pour administrations municipales, je ne sais pas, je ne les connais pas vraiment, des gens qui se disent "ah tiens, j'allais voter Obama, mais il a perdu le débat". Ils n'ont pas regardé, hier soir, leur fils cadet Polgar avait une répétition avec son club de ballet, ils ont dû aller le récupérer avec le 4x4 parce que leur fille aînée Gunda avait cassé l'autre voiture en sortant du garage, depuis elle est consignée (mais il faut aussi dire que j'ai une vision des Etats-Unis principalement basée sur les sitcoms des années 90)(sauf pour les prénoms), mais ils ont entendu dire à la radio qu'Obama avait perdu le débat et, du coup, ils vont plutôt voter pour Ralph Nader. Parce que bon, perdre le débat, quand même, ça ne se fait pas, ce n'est pas comme ça qu'on nous a éduqués (rires). 

 

Et c'est pile leur voix qui va faire balancer le Connecticut (ou l'Indiana, je ne suis pas raciste) et ainsi faire pencher la balance, et c'est quand même ballot parce que d'habitude, ils n'écoutent jamais la radio mais là Ramuncho, leur labrador, a appuyé par inadvertance sur le bouton en essayant de ratrapper le frisbee que lui lançait Hans, le voisin noir homosexuel handicapé. Alors bon, quand on voit les milliards que les candidats investissent malgré la crise dans leurs campagnes pour tout perdre sur une blague mal placée en deuxième partie de débat, je me dis que finalement, on aurait mieux fait d'organiser directement des championnats du monde de débat, et à la fin le gagnant est président et tout le monde s'embrasse.



 Espace collabo 
le 14/08/2012
 

Il était une fois de banals « tests quali ». La marque, appelons-la Blup, voulait savoir s’il suffisait de dessiner des fleurs et des fruits sur ses emballages pour que les consommateurs croient que ses produits étaient naturels. Blup a donc réuni des vrais gens (qu’on appelle « consos » dans la pub) par petits groupes autour d’une table, pour les faire parler de Blup et de la nature et bien écouter leur avis de vrais gens. Et Blup a compris que le consommateur gavé à l’huile de palme et aux OGM, des fois, il se méfie. Des fois, quand il lit la composition de son shampooing que la pub elle dit qu’il est tellement trop naturel qu’il a été recueilli directement à une source de shampooing qui coule dans les montagnes, et qu’il voit qu’il contient du paraben et 0,1% d’Ylang-Ylang, le consommateur il se dit qu’on se fout un peu de sa gueule quand même.

Blup a donc lancé une gamme bio (ça marche bien le bio, les gens ils ont confiance). Mais encore faut-il l’annoncer au consommateur, qui depuis la lecture de l’étiquette de son shampooing est probablement passé à autre chose, comme marcher dans la rue en évitant les crottes de chien ou payer ses impôts en retard. Alors Blup a demandé à une agence de pub de lui faire une pub en lui disant en substance « Je veux un truc qui montre que Blup c’est une marque nature, mais qui montre bien que c’est bon pour les cheveux, et aussi je voudrais qu’on voie bien le produit ». Alors les gens de l’agence lui ont proposé une pub qui montre des gens avec des cheveux dans la nature et une photo du produit (on appelle ça un packshot, c’est très important le packshot). Mais Blup n’y trouvait pas assez de cheveux, de nature, et de produit.

Alors les gens de l’agence ont rajouté des feuilles en flou au premier plan, plein de cheveux qui brillent, et des produits (« Non mais sérieux, ils veulent quoi avec leurs shampooings, qu’on leur en mette une brouette ? Nan parce que sérieux, je vais leur en mettre une brouette si ça continue. » Blup a beaucoup aimé l’idée de la brouette). Après plusieurs demandes d’ajout de nature, de produits et de cheveux (la petite fille blonde peut remercier Photoshop de lui avoir évité de mourir étouffée sous une perruque de paille de 6 kilos), Blup fut satisfait. Et Blup vécut heureux et eut beaucoup de sous.

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point