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rond point
Publié le 14/09/2012

Espace collabo

 

Thomas Vinau


Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
etc-iste.blogspot.com
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La vase

(à George Perros)

Ce ne sont pas vos z'anges et vos z'âmes qui me diront ce qu'est ma boue

Ni vos z'autos et vos z'alarmes qui me tiendront chaud dans le trou

Moi j'ai les deux pieds dans la vase et cette vase c'est ma cabane

Je peux crever en un clin d'oeil et tuer juste pour être aimé

Je ferme les yeux pour les ouvrir et les use sur du papier

Moi mon papa est une amibe et ma maman un bout d'étoile

Je comprends rien j'ai faim je rêve j'aime dormir et me réveiller

Quand je danse je tombe illico et me relève plus fatigué

J'ai des couleurs dans mes douleurs

Je cours pour n'aller nulle part je plante des graines dans mon rire

J'attends demain en souvenir et je serre la main du hasard tant que mon coeur a sa becquée de baisers à la confiture de poules de rats et de rosée de pluie d'orties et de bitures de frondes et de doigts d'honneur de surprises d'épines et d'épaules

Moi j'ai les deux pieds dans la vase qui peut avoir suivant les jours une vraie haleine de charogne ou une très belle odeur de menthe



 Espace collabo 
le 01/04/2010
 

Je ne m'entends pas particulièrement bien avec les gens dont je partage les idées, alors je vais tenter ma chance avec les sceptiques de la pollution, les pourfendeurs du code du travail et les boursicoteurs satisfaits de l'ordre social.

Fréquenter ceux qui nous ressemblent n'est pas la solution aux problèmes du monde. Je l'ai fait pendant des années et j'en vois aujourd'hui les limites. Certes cela tient chaud, mais au final on se sert de l'image caricaturale d'un ennemi pour justifier sa propre inertie.

Si l'on désire changer la société, je crois que nous, les gens de gauche, n'avons pas de meilleure stratégie à mettre en oeuvre que de devenir amis avec des gens de droite. C'est un sacrifice, j'en conviens. Mais si l'on donne de l'argent à Médecins sans Frontières, on peut bien boire un verre avec un sarkozyste.

Il ne s'agit pas de les rallier à notre cause. Ce serait peine perdue. Personne ne change de bord après une discussion : les opinions politiques n'ont rien de politique, ce sont des histoires de ressentiment, de jalousie, de fidélité familiale.

En revanche, je pense que mon idée a des chances de changer les choses ; car si les gens de gauche fréquentaient des gens de droite, cela permettrait à ceux-ci de s'apercevoir qu'ils ne sont guère différents. Après tout, les gens de gauche sont contre la société de consommation, mais ils ne renoncent pas à consommer ; ils sont contre le travail des enfants, mais pas au point de renoncer à acheter des vêtements fabriqués par des enfants et oui, ils sont pour l'écologie mais ils ne vont pas pour autant cesser de prendre l'avion. Il y a plus de points communs que de différences entre ces ennemis politiques et c'est pour cette raison que la détestation est si grande.

Bien sûr cette révélation risque de déprimer les gens de gauche. Le choc sera tel qu'ils n'auront d'autre échappatoire que d'aller encore plus à gauche, non pour des raisons politiques, mais par orgueil. Ils travailleront enfin à devenir de réels adversaires de cette droite qu'ils n'aiment pas, c'est-à-dire dont, principalement, ils n'aiment pas les manières.

C'est une constatation mélancolique : ce n'est qu'en apprenant à découvrir ce qui nous rapproche de nos adversaires que l'on pourra commencer à s'en différencier.

Illustration : Dupont&Barbier www.dupont-barbier.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Espace collabo 
le 06/08/2012
 



Dado n’est pas mort.
Dado crie sur les murs.
Miodrag Djuric dit Dado est né le 04 octobre 1933 au Monténégro.
Enfant, il connaît la guerre et la mort de sa mère.
Dado sait que l’homme est un monstre tendre et dégoûtant.
Il arrive en France en 1956.
Rencontre Dubuffet, Matta, Michaux.
Il peint des monstres, des chairs, des êtres de sang et de merde.
Il peint la joie aussi. La grande foutraquerie du monde.
Il colle, croûte, sculpte, crotte, colore, carnage.
En 1974 il va peindre chez les pygmées.
En 1975 il squelettise une traction avant.
Il a des tableaux à Beaubourg, New York, au centre Pompidou, à Amsterdam.
En 1994 Gille Deleuze lui écrit une belle lettre de soutien.
Dado travaille les murs à l’intérieur des ventres et les ventres à l’intérieur des murs.
Il se rapproche du graffiti en peignant les murs de son moulin, d'un vieux blockhaus, ou d’une ancienne Léproserie.
Il dit du mot œuvre qu’il est ridicule et prétentieux et que son seul travail est d’aller chercher son petit fils à l’école.
 
 

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point