Extension du domaine du
rond point
Publié le 18/07/2012

Espace collabo

 

Nicolas Delesalle


Le jour où les éléphants se maquilleront les cils en utilisant des oiseaux-mouches plongés dans de la poudre de charbon, j'écrirai une biographie raisonnable.
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L'objet du délire #4

La porte

C'est l'histoire d'une petite araignée jaune qui crapahute dans la forêt du Congo sur le tronc d'un arbre gigantesque, un sapelli tri-centenaire qui ferait passer nos vieux chênes pour des bambous ; des hommes casqués s'approchent et entament le tronc à la tronçonneuse, des copeaux orangés s'envolent, le monstre végétal se laisse découper sans bouger et puis s'effondre dans un bruit de tonnerre ; un bulldozer déboule et agrippe la grume qui finit sur un camion avec d'autres troncs ; le camion roule sur une piste de terre rouge et atteint en trois jours le port de Douala au Cameroun, il est embarqué à bord d'un navire qui descend l'Océan Atlantique puis remonte l'Océan Indien avant d'atteindre le port de Shangaï où d'autres hommes casqués le débarquent et le débitent en planches qui sont envoyées dans une usine au coeur de la Chine, laquelle les assemble pour créer un objet d'utilisation courante, rembarqué aussitôt dans un autre navire en partance pour l'Europe. Arrivé à Rotterdam, un container quitte la Hollande pour la France à bord d'un semi-remorque qui achève sa course dans un entrepôt de la région parisienne. L'objet est vendu trois fois, de négociants en vendeurs de détails ; il est finalement installé un jour au seuil d'un appartement parisien. Ce bois qui a vécu trois siècles dans une forêt, qui a traversé les océans et les continents, incarnera désormais et pour toujours l'immobilité. Ouverte, fermée, elle ne bougera plus, cette porte, elle veillera, toujours à sa place. Et planquée dans ses veines, dans l'ombre d'un noeud recouvert de peinture, une petite araignée morte suscitera la curiosité des arachnides autochtones.

 Espace collabo 
le 30/10/2010
 

Un hasard malheureux et qui reste un mystère
Te fait te retrouver bloqué cent pieds sous terre,
Ne pouvant accuser que ta seule imprudence
A vouloir pimenter un peu plus tes vacances.
Le problème l’ami, ainsi enseveli,
C’est que tu es français, on n’est pas au Chili,
Et même dans le cas de ta prise en otage
Tu risques de payer les frais de sauvetage.
Rappelle-toi le prix du baptême de l’air
Offert à ta maman pour son anniversaire.
Multiplie-le par cent ou, que dis-je, par mille,
Compte les spéléos, les maîtres cynophiles…
C’est à se demander s’il vaut mieux remonter
Respirer, à l’air libre, à jamais endetté
Ou finir, dans le fond, comme un aventurier,
Toi qui n’étais, là-haut, qu’un blafard employé.
Toi pour qui l’aventure était, assis peinard,
De regarder des gens sauter du Fort Boyard.  

Si malgré tout tu tiens à retrouver ta vie,
Demande aux sauveteurs de te faire un devis.
Comment le demander ? Mais en morse bien sûr !
En tapant quelque part avec une chaussure.
Refuse absolument l’emploi d’hélicoptères !
Aucun professionnel, juste des volontaires
Et un chien et demi : un berger, un caniche.
Le premier pour trouver l’endroit où tu te niches
L’autre pour la photo, car soyons réalistes
Ceux qu’il te faut avoir, ce sont les journalistes.
Si tu joues bien ton jeu, tu pourras faire en sorte
Qu’au lieu de te coûter, tout cela te rapporte. 
 
S’ils te trouvent trop tôt, planque-toi, fais le mort,
Le temps que les médias s’installent au dehors.
L’idéal, il est vrai, pourquoi te le cacher,
Ce serait d’être deux et que l’autre amoché
Périsse à tes côtés. Tu en manges un morceau,
Tu deviens nécrophage et là c’est le grand saut.
Avec une bouchée, un peu de peau de coude,
Tu vendras ton histoire aux studios d’Hollywood.
Signe-toi en sortant ! Ça fera le spectacle.
Les médias relaieront en parlant de miracle.  

Quand enfin tombera, de là haut, la facture
Fais valoir l’audimat de ta mésaventure,
L’argent qu’ont rapporté, chaque jour, tes tracas
Et comment, en soudant le pays sur ton cas
L’info s’est détournée de dossiers plus sensibles.
Ne cesse plus jamais de rester bien visible.

 Espace collabo 
le 26/05/2010
 

1.  Ne jamais construire sa maison dans un stade de foot.
2.  Ne jamais prendre de bain de pieds dans un bénitier.
3.  Ne jamais cultiver de bacilles buboniques sur son balcon.
4.  Ne jamais creuser de trou dans un avion.
5.  Ne jamais mordiller l'oreille d'une hyène dans un supermarché.
6.  Ne jamais confondre ses poches et ses narines.
7.  Ne jamais passer le chapeau à un enterrement.
8.  Ne jamais torturer son supérieur hiérarchique direct.
9.  Ne jamais contrarier un volcan.
10. Ne jamais oublier d'éviscérer les bêtes dont on s'apprête à revêtir la fourrure.

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point