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rond point
Publié le 18/05/2012

Espace collabo

 

Marcel Ramirez


Quelque part entre David Lynch et Rémy Bricka, le protéiforme Marcel Ramirez tutoie régulièrement l'absolu (mais c'est vrai qu'il le connaît bien).
Notamment intermittent du blogging (http://blogs.lesinrocks.com/marcel-ramirez/), il s'engage en priorité dans les causes vaines et désespérées...
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Bof-héros...

Je suis au plus mal. Je ne sais si mon cerveau un peu dingo se rit de moi - ou si j'ai un jour sauvagement été désincarcéré de mon quotidien monotone, puis parachuté de force dans une dimension parallèle - mais j'ai longtemps cru (j'en avais même l'intime conviction) être ni plus ni moins qu'un super-héros. Mais un vrai, hein : avec des super-pouvoirs, et tout et tout... Je jurais même à qui voulait l'entendre, que de jeunes enfants échangeaient, un peu partout dans le monde, des vignettes autocollantes à mon effigie - vous savez, celles que l'on colle dans ces albums en carton qu'on ne terminera sans doute jamais.  J'étais heureux, j'étais fier. Mais en assistant d'un oeil distrait, l'autre jour, à l'investiture de notre nouveau président, je fus comme lui, et au même moment, littéralement foudroyé : amphibie, serrant des mains par milliers, commandant au tonnerre, changeant l'eau en vin... cet homme prétendument "normal" ne pouvait être fait de chair et de sang seulement. Non, j'en étais sûr : à l'instar du fameux Steve Austin, il devait au moins valoir trois milliards.  Alors que moi, rien, nada. Oui, rendons-nous à l'évidence :

- Des super-pouvoirs ? Hormis ma propension à multiplier les points de suspension, vraiment, je ne voyais pas...

- Je m'étais bien confectionné une cape avec quelques torchons usagés, mais elle ne m'attirait que jets de pierres, jurons et quolibets.

- Contrairement à François Hollande ou Captain America, même pour ce qui est de désigner mon super-vilain-ennemi-juré-à-moi - malgré ma fâcheuse tendance à considérer comme adversaire tout quidam faisant montre d'un peu plus de talent que moi - je tâtonnais. Oh il y a bien cet auteur-compositeur-interprète américain (je ne veux pas de problèmes, alors laissons-lui une lichette d'anonymat, et appelons-le Sophian Stephen) que je déteste par-dessus tout et à qui je ferais bien entendre raison une bonne fois.... Mais je l'aime à peu près autant que je le hais, c'est embêtant. Quel bien pâle super-héros je fais. Un moyen ou un bof-héros, oui ! Tant pis, il ne me reste qu'à pleinement sombrer en dépression, pauvre de moi...



 Espace collabo 
le 15/02/2012
 

Le prochain anniversaire de Victor Hugo remet en actualité ce touchant souvenir : le 26 février 1802, lorsqu’on vint déclarer à la mairie de Besançon la naissance de l’illustre poète, le scribe municipal en entendant décliner les nom et prénom de l’enfant ne put réprimer un mouvement d’admiration :
 « Victor Hugo, oh ! oh ! »
 
Le soir, au repas de famille, il ajouta au menu ordinaire deux bouteilles de vin vieux.
Comme sa femme et ses enfants semblaient étonnés de ce luxe :
« Nous pouvons bien faire un petit extra ce soir, car c’est aujourd’hui qu’est né Victor Hugo, notre grand poète national. »
 
(Le Chat Noir, Alphonse Allais, le 14 mars 1885)

 Espace collabo 
le 17/05/2010
 

Quand ta profession se décide à la grève
Tu savoures avec joie cette journée de trêve
Qui permet de rester chez soi à se détendre
Tout seul, pour une fois, sans aucun compte à rendre.
Mais comment faire face aux autres syndiqués
Qui ne manqueront pas de venir critiquer,
Le lendemain matin, ton absence notoire
Et feront circuler à travers les couloirs
Que tu as désiré, en n’allant pas au front,
Montrer ton allégeance à l’égard du patron.

Pour éviter, l’ami, cette mise au placard
Devance la mêlée comme tout bon briscard.
Fais-toi des tous premiers, au mot d’ordre lancé,
A saisir cette info pour la faire passer.
Fais suivre les e-mails, mais surtout improvise
Un accompagnement qui les personnalise ;
Un petit mot de toi : « Amis et camarades,
Plus on sera nombreux…» Ce genre de salade.
Ayant montré ainsi ton implication
Qui pourra se douter de ta défection
Et si tu mobilises et que la foule est dense
Bien malin qui pourra affirmer ton absence.
Remets-en une couche à deux jours d’y aller
En prenant soin surtout de ne pas étaler.
Il serait, en effet, tout à fait embêtant
D’être soudain perçu comme un grand militant.
On te ferait marcher aux côtés des ténors
Et tu dirais adieu à ton jour de confort
Ou pire et ce serait, avoue-le, pas de bol
Il te faudrait, l’ami, porter la banderole.
Venons-en maintenant au jour de la manif.
Bien qu’au chaud dans ton lit, tu dois rester actif.
En fin d’après-midi, appelle un vieux copain.
Un de ces bons grognards qui sont sur le terrain ;
Distributeurs de tracts, adhérents de toujours
Qui mangent la saucisse au moment des discours.
Tu lui demandes alors ce qu’il en a pensé
Et tu as les détails de ce qui s’est passé,
De quoi, le lendemain, tenir la dragée haute
A tous ceux qui pourraient vouloir te mettre en faute.



 Espace collabo 
le 02/03/2012
 

C'est la réplique (agri) culte du Président-candidat à un couple de paysans basques qui avait osé l'interpeller : « On n'a pas le même salaire. » Comment qu'il leur a rivé le clou, Nicolas Sarkozy, à  ces croquants qui se la pétaient damnés de la terre. Ils avaient omis de dire qu'ils possédaient  du bien. Et 40 hectares, ce n'est pas une paille. Savent-ils seulement, ces intempestifs ce qu'il en coûterait de posséder autant de terres cultivables dans les Hauts-de-seine ? Bon, c'est vrai que 40 hectares au Pays basque ça ne va chercher que dans les  200 000 neu-neu (5000 euros l'hectare de valeur vénale moyenne selon le J.O de 2009.) Pour ce prix là t'achètes à peine une chambre de bonne à Neuilly-sur-Seine. Pour dix fois plus t'aurais bien pu acquérir l'appartement de Nicolas et Cécilia, il y  a cinq ans, sur l'Ile de la Jatte. Mais justement ils divorçaient. Il a fallu partager, et avec cinq ayants droits il te reste quoi ? Il faut une mauvaise foi de socialiste pour voir le pognon dans l'oeil du voisin, mais pas le lingot dans le sien. La vérité, c'est que les « services » secrets hollandais n'avaient pas seulement déguisé des militants du PS en « abertzale » forcenés ce jeudi 1er mars dans le vieux quartier de Bayonne, que Nicolas Sarkoy était venu reconquérir comme « un territoire de la République ? » Ils avaient aussi travesti deux agents en paysans insolents. Demain, on vous le jure, ce sont des stations d'épuration qu?ils vont installer dans les campagnes.

Illustration : d'après l'Ile de la Grande Jatte de Georges-Pierre Seurat

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point