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rond point
Publié le 14/08/2012

Espace collabo

 

Katja Kaufmann


Née avec une cuillère en bisphénol A, un ordinateur et un modèle réduit de monster-truck dans la bouche, Katja Kaufmann voulait devenir Présidente. Mais elle est nulle en horticulture, alors maintenant elle vend des lessives.
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T'as d'bio ch'veux tu sais

Pubologie pour tous

Il était une fois de banals « tests quali ». La marque, appelons-la Blup, voulait savoir s’il suffisait de dessiner des fleurs et des fruits sur ses emballages pour que les consommateurs croient que ses produits étaient naturels. Blup a donc réuni des vrais gens (qu’on appelle « consos » dans la pub) par petits groupes autour d’une table, pour les faire parler de Blup et de la nature et bien écouter leur avis de vrais gens. Et Blup a compris que le consommateur gavé à l’huile de palme et aux OGM, des fois, il se méfie. Des fois, quand il lit la composition de son shampooing que la pub elle dit qu’il est tellement trop naturel qu’il a été recueilli directement à une source de shampooing qui coule dans les montagnes, et qu’il voit qu’il contient du paraben et 0,1% d’Ylang-Ylang, le consommateur il se dit qu’on se fout un peu de sa gueule quand même.

Blup a donc lancé une gamme bio (ça marche bien le bio, les gens ils ont confiance). Mais encore faut-il l’annoncer au consommateur, qui depuis la lecture de l’étiquette de son shampooing est probablement passé à autre chose, comme marcher dans la rue en évitant les crottes de chien ou payer ses impôts en retard. Alors Blup a demandé à une agence de pub de lui faire une pub en lui disant en substance « Je veux un truc qui montre que Blup c’est une marque nature, mais qui montre bien que c’est bon pour les cheveux, et aussi je voudrais qu’on voie bien le produit ». Alors les gens de l’agence lui ont proposé une pub qui montre des gens avec des cheveux dans la nature et une photo du produit (on appelle ça un packshot, c’est très important le packshot). Mais Blup n’y trouvait pas assez de cheveux, de nature, et de produit.

Alors les gens de l’agence ont rajouté des feuilles en flou au premier plan, plein de cheveux qui brillent, et des produits (« Non mais sérieux, ils veulent quoi avec leurs shampooings, qu’on leur en mette une brouette ? Nan parce que sérieux, je vais leur en mettre une brouette si ça continue. » Blup a beaucoup aimé l’idée de la brouette). Après plusieurs demandes d’ajout de nature, de produits et de cheveux (la petite fille blonde peut remercier Photoshop de lui avoir évité de mourir étouffée sous une perruque de paille de 6 kilos), Blup fut satisfait. Et Blup vécut heureux et eut beaucoup de sous.

 Espace collabo 
le 04/07/2010
 

Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde est froide.
Brigitte Lenoir s’entraîne.
À la profondeur, au froid, aux mélanges de nitrox, de trimix et d’héliox, des mélanges réservés aux nageurs de combat.
Elle plonge. Elle plonge des années durant. Des années de profondeur et de froid, des années à -110 mètres, à -120 mètres dans l’eau à quatre degrés du lac Léman.
Le 10 avril 2010, elle bat un premier record : -154 mètres à Saint-Gingolph, en eau froide et douce. Dix jours plus tard, le 20 avril 2010, le record est pulvérisé par Sofia Ponce, au Venezuela : -190 mètres en autonomie complète, en eau chaude et salée, grâce aux mélanges minutieux de trimix 7/67, de trimix 10/50, de nitrox 32, de nitrox 50 et de nitrox 80.
Alors Brigitte Lenoir s’entraîne, se prépare, se concentre.
Ce sera au large de Dahab, en Égypte.
Le 15 mai 2010, Elle atteint -200 mètres et remonte. Pallier, par pallier. Elle a dépassé Sofia Ponce de dix mètres, elle est tranquille, elle peut remonter calmement. Elle détient le record de profondeur féminine en eau salée.
Mais chaude.
À -147 mètres, son recycleur reste bloqué en position oxygène, un gaz bien trop simple pour des poumons mortels. Hyperoxie, perte de connaissance et convulsions. Personne ne pourra rien faire. Son corps restera dans la noirceur de la mer rouge.
Depuis le 15 mai 2010, Brigitte Lenoir, la femme la plus profonde du monde, est froide.

 Espace collabo 
le 01/12/2012
 

Le siège de l'UMP Moins fastueux que jadis le trône made in Giscardie de Jean-Bedel Bokassa, alias Bokassa Ier, voici (photo exclusive) le fauteuil présidentiel où Jean-François Copé s'apprête à prendre place, en dépit de la terrible guerre tribale dont son vaste bureau porte les douloureux stigmates. Les tirs de mortier des phalanges fillonistes ont fait un trou béant de la cheminée qui aurait dû envoyer la fumée blanche. Financièrement exsangue, l'UMP ne serait plus en état de restaurer le siège, ni même le trône de Copé Ier. L'ex-président de la République, ex-chanoine de Saint-Jean de Latran, a refusé de s'entremettre auprès de son ancienne paroissienne de Neuilly, Liliane Bettencourt, pour solliciter une enveloppe. Il n'a même pas consenti à prêter, pour la cérémonie du sacre, quelques uns des meubles ou des tapis des bureaux dont la République lui a donné la jouissance à vie, rue de Miromesnil. A défaut, selon nos informateurs, le nouveau président de l'UMP espère que d'autres images pathétiques, à paraître cette semaine dans le numéro de Paris-Match négligemment posé sur le fauteuil présidentiel, toucheront le coeur des Français, qui mettront la main, droite, à la poche. Reste que des attaques de commandos fillonistes incontrôlés sont encore à craindre, pouvant obliger les forces légitimistes à se replier autour de leur chef dans les caves du siège, emportant avec soi, fétiche copéiste, le fauteuil présidentiel si chèrement conquis.

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point