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rond point
Publié le 14/07/2011

Auteurs maison

 

Jean-Loup Chiflet


Jean-Loup Chiflet ne manque ni de livres ni d'humour, la preuve, c'est qu'il est éditeur et aussi auteur d'une cinquantaine d'ouvrages sur l'humour et la langue, dont le fameux Sky my husband! Ciel mon mari! Il se définit lui-même comme "spécialiste, ancien élève et grammairien buissonnier". On peut circuler dans sa maison d'édition là: http://hugoetcie.fr
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Il vaut mieux avoir l'air conditionné que l'air stupide

Les bizarreries du langage

Quand le général de Gaulle se plaignait amèrement de la difficulté à gouverner un pays où l’on ne trouve pas moins de 258 sortes de fromages, c’était sans compter non plus avec les bizarreries du langage qui fleurissent aux quatre coins de l’hexagone. Que dire en effet d’une langue où l’on remercie un employé dont on n’est pas satisfait, où on lave une injure mais on essuie un affront, où l’on pose une question mais on soulève un problème, et où les malheureux qui sont dans de beaux draps passent des nuits blanches à force d’avoir des idées noires et du fait même n’arrivent pas à dormir sur leurs deux oreilles (moi non plus d’ailleurs)?
Comment expliquer aussi la présence de l’estomac dans les talons, des pieds dans le plat, du chat dans la gorge, de la confiture chez les cochons, du rubis sur l’ongle, sans parler de la curieuse cohabitation des vessies avec les lanternes !
Drôle de pays en effet où il ne faut pas confondre : scène, cène, Seine, saine ou chair, chaire, cher, Cher et où pendule est masculin entre les mains d’un radiesthésiste et féminin entre celles d’un horloger. Mais il y a mieux : amour, délice et orgue, masculins au singulier et féminins au pluriel ! Ce qui faisait d’ailleurs dire à Courteline :
« Je ne me vois pas en train d’écrire : J’ai vu un orgue magnifique. C’est le plus beau des plus belles. »
Quant à archives, fiançailles et ténèbres, ils sont, eux, condamnés au pluriel ! Bref, tout cela me paraît bien singulier…
Curieuse langue enfin, où le mot mnémotechnique est si difficile à retenir…et où il vaut mieux finalement avoir l’air conditionné que l’air stupide.
 


 Auteurs maison 
le 26/02/2013
 

Le théâtre, ce vieil endroit, n'a pas son pareil pour se nourrir de tout ce qui nous pourrit la vie : crise, conflits, oppression, manipulations, malentendus... Lui-même en crise permanente depuis plus deux millénaires, le théâtre est l'endroit magique où partager ce qui d'ordinaire nous divise. Au Rond-Point, penseurs et artistes vous ouvrent  leurs "Trousses de secours en période de crise" : recettes pour accomoder la langue de bois, kits de survie en milieu urbain, déboulonnage de la fausse science économique... A suivre dans notre rubrique Confs & perfs ou en podcast.

 Auteurs maison 
le 22/04/2013
 

"Faust - Hélas, Philosophie, Médecine, Droit, Théologie, vous ne m'avez rien appris et je ne jouis d'aucun bien de ce monde !
Méphistophélès - C'est le moment de prendre la carte Cofidexia..."
 

> D'autres pièces à un euro ici.

 Auteurs maison 
le 03/04/2012
 

Soudain avril est là. Sans s'annoncer, sans prévenir personne, à l'étonnement de tous, il débarque dans le calendrier.
Profitant de l'ébouriffement joyeux de nos sens et de nos rêveries amoureuses dû à un printemps naissant, il nous arrive par derrière en traître, assassine mars et nous accroche aussitôt un poisson dans le dos. Pas une hirondelle, une rose trémière ou un quatrain de Ronsard, non, un poisson ! Animal visqueux, froid, à l'oeil torve et à la conversation réduite. La chose est dite : avril est un mois fourbe, lâche, pervers, n'ayant que peu de considération pour l'être humain, sinon, au lieu de cet animal à écailles et souvent pas frais, il lui aurait pendu autour du cou et non dans le dos une créature de rêve avec laquelle il aurait épanché la vivacité libidinale dont la sève printanière l'a pourvu à cette époque de l'année.
 
Mais avril n'en a cure, chevauchant son taureau zodiacal qui chasse le bélier de mars. Il gronde, grêle, pleut et vente, souriant parfois d'un rayon de soleil hypocrite qui fait croire au jardinier que sa courgette va grandir, son aubépine blanchir et la jeune postière se vêtir d'un chemisier léger qui, lorsqu'elle se penchera pour lui faire signer un recommandé, laissera s'épanouir sa merveilleuse poitrine par-dessus la cotonnade.
Mais non, avril, l'odieux avril, à peine a-t-il laissé poindre un morceau de soleil qu'il l'éteint d'un nuage, glaçant le paysage et enveloppant le buste de la préposée de lainages opaques.
  Extrait de Mois par moi : almanach invérifiable © Actes Sud 2008
http://www.actes-sud.fr/catalogue/theatre-arts-du-spectacle/mois-par-moi

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point