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Publié le 01/03/2012

Je lance ma chronique

 

André Serreau


André Serreau dirige en 68 le groupe artistique du comité d'établissement de l'Institut français du pétrole. Avec ses camarades Christian Deruytter et Jean-Pierre Durand, ils partent de documents tournés au quartier latin, sans idée préconçue quant à leur éventuelle utilisation, puis mettent plusieurs années à réaliser ensemble un long métrage, "Le Grand Gouana" : un provincial ahuri débarque de sa campagne et découvre les Parisiens pendant les événements...
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Voilà ce que j'ai filmé en 1968

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Pas facile de sortir de chez soi et de se rendre à son travail quand on réside au quartier latin en mai 68...

 Piste d'envol 
le 16/07/2011
 

Steak haché


Le merveilleux Hippocrate n’a rien perdu de son actualité. Et qu’on ne vienne plus l’appeler « vieux schnock » après la lecture de la présente ! D’aucuns s’obstinent à ne voir dans ses recommandations diététiques qu’un tissu de bêtises. Quant à moi, je suis tout à fait persuadé de la véracité de sa théorie des humeurs. Tout le monde a un voisin, ou un ami de type « sanguin » (la face rouge, la démarche joviale, les canines acérées), qui raffole de viande en sauce et de grands crus bordelais.  
Il y a quelque temps, alors que je faisais des emplettes au supermarché, une femme qui déposait consciencieusement sur le tapis de caisse un ensemble d'articles retint mon attention. Pas une once de protéine ! En revanche on trouvait, çà et là, un genre de gâteau roulé sous les aisselles, une soupe de potirons du Larzac, une salade garantie 100% bio, et livrée avec ses limaces et ses pucerons… Joyeux délire organico-végétal !  
C’est à ce moment que je convoquai mon cher Hippocrate. Mon Dieu, me dis-je (avec tout le respect que cette vénérable entité mérite), me voici face à un spécimen typique de flegmatique ! Aisément repérable, de surcroît : le teint pâle, la silhouette grêle et le regard proche de l'extase manifestaient une béatitude rarement atteinte chez les plus grands mystiques.  
Ne peut-on entrevoir, pensai-je sans pédanterie aucune, l’essence même de notre époque actuelle ? La protéine animale ne convainc plus, son cours à la bourse est en berne. Pire, elle est de mèche avec les plus grands pontes du crime organisé : elle fricote avec les bactéries et les microbes les plus infâmes. Il se peut, me dis-je encore, que cette sainte femme nous montre alors la voie ! Comme elle, et de toute urgence, devenons des flegmatiques ascétiques !     
Je revins tout à coup à la raison, et déposai à mon tour un steak sur le tapis de caisse, sans trembler.

 Piste d'envol 
le 26/11/2011
 

Au resto


Une sarkotelette de veau! commandai-je dans cette brasserie plutôt rupin de la rue Richepanse, où je n'avais pas mes habitudes.
- Nous n'en avons plus, monsieur. Puis-je me permettre de suggérer à monsieur nos délicates Sarkroquettes façon Prince Jean?
- Je n'en pince pas pour ce prince-là.
- Auquel cas, monsieur ne perdrait rien à se rabattre sur le Sarkonfit en dévotion tartuffière à la sauce chanoine de Latran.
- Je voudrais une assiette de sarkochonailles.
- Il n'y en a plus. Mais je suis sûr que monsieur se pourlècherait si nous lui servions notre baveuse Sarkomelette aux truffes Bolloré, suivie de notre suave Sarkompote AAA à la noix de Sarkocorico …
- Je n'ai plus faim. Qu'avez-vous à boire?
- Un Sarkoca?
- Depuis Bush, je ne bois plus de boissons US …
- … go home, alors, monsieur, me répondit le loufiat. Et je me levai en raflant le Figaro où s'étalait la bobine de ce Président dont j'avais oublié le nom, avec en grosses lettres  IL DONNE A LA FRANCE UNE PETITE GIULIA IL SAUVE L'EUROPE IL VA SAUVER LE MONDE, et je me sauvai de ce monde-là. Je longeai le sarkollège Saint-Nicolas, je m'engouffrai dans le métro Sarkogne, je regagnai mon gîte les jambes sarkotonneuses. A la télé il y avait un sarkopéra, Sarcosi fan tutte. Je zappai, je tombai sur le Sarkobama, le petit président blanc mettait familièrement la main aux couilles du président noir. J'éteignis, je me couchai, je rêvai que je tombais sans fin dans un sarkossuaire.

 Piste d'envol 
le 19/07/2011
 

Le rire est un oiseau (qui parfois ne se pose pas)


Hier matin je me suis levé avec une envie de rire irrésistible. Un rien suffirait, c’est ce que je me suis dit en observant la rue de ma fenêtre. La suite de la journée me l’a confirmé ;  j’étais prêt à rire de tout : la moindre blague à deux balles, une saynète un peu cocasse, une idée à peine drôle qui m’aurait traversé l’esprit auraient suffi, j'en frémissais d'avance – mais rien n’est arrivé qui me fit rire. A croire que nous nous étions tous donné le mot, comme un complot de sérieux fomenté contre moi avec ma complicité. Et, curieusement, aujourd’hui, c’est l’aventure exactement inverse qui m’arrive : histoires drôlissimes, idées loufoques s’enchaînent, mais rien n’y fait - je traverse cette comédie permanente avec le sérieux d’un pape ; c'est à n'y rien comprendre (me suis-je dis vers 14 heures).

ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point