Christophe Esnault
Publié le 26/08/2010

Phase maniaque


Après des mois de silence – malgré les diverses sollicitations des ses amis – Fabrice resurgit étonnamment en pleine forme. Oui, il sera présent pour le réveillon et remercie ses amis de ne pas lui tenir rigueur de sa longue période où il ne voulait voir personne. Il annonce officiellement la fin de sa dépression. Il est fin prêt pour faire une gigantesque fête. Suggère une sortie en discothèque après la soirée chez Aude. Et pourquoi ne pas prendre le train tous ensemble le lendemain pour une ballade au Croisic ? Il se sent d’attaque pour se baigner. C’est lui qui offrira les plateaux de fruits de mer si ses amis acceptent cette petite virée. Il veut s’amuser et prendre du bon temps. Le trente et un décembre, on l’attend jusqu’à minuit. Il ne répond pas au téléphone. « Bonsoir Fabrice. On suppose que tu es retombé en phase dépressive… Veux-tu prendre l’heureuse résolution de te faire soigner ? Bonne année thérapeutique. On t’embrasse. »

Né en 1972. Réside en Neuroleptie. Ecrit comme un insuffisant respiratoire cherche de l’air… Traumatisé par les innombrables lectures du sublime  4.48 Psychose de Sarah Kane. Co-parolier et filmeur du groupe Le Manque. Un livre paru : Isabelle à m'en disloquer aux éditions Les doigts dans la prose.

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SMS : désactiver le Noodle

Opérateurs téléphoniques : il y a de quoi se suicider

Un type vient de m’appeler de Queenstown, une petite île au sud de la Nouvelle Zélande, pour me prévenir que la messagerie de son portable est envahie par des SMS envoyés en masse depuis mon numéro. Ils contiennent des slogans contre les multinationales, le pouvoir de la finance, enfin ce genre de choses. Ces messages sont si nombreux qu’ils bloquent son appareil. Ils viennent tous de chez moi. Inutile de préciser que je ne lui ai jamais rien envoyé, qu'il doit s’agir d’un genre inédit de spams particulièrement vicieux car ils pompent votre compte en banque. Mon interlocuteur néo-zélandais a bien sûr appelé son opérateur pour arrêter l’invasion, en pure perte. Alors, en cherchant sur Internet, il a trouvé un forum mentionnant ce nouveau type de propagande virale. Une parade existe : il faut demander à son opérateur qu’il « désactive le noodle ». C’est à l’émetteur faire opposition.  On ne tombe jamais sur la même personne, c’est strictement impossible, le logiciel dans lequel ces téléconseillers sont enfermés y veille scrupuleusement. Je leur ai à tous demandé de me désactiver le noodle. Je pense que ce terme ne figure pas dans la section du logiciel à laquelle ils ont accès. Au lieu de traiter la question, ils me serinent un laïus prémâché pour me vendre de nouvelles options, de nouveaux avantages, de nouveaux cadeaux qu’il serait complètement abracadabrant de ne pas accepter. Cerise sur le gâteau, ils me demandent avec une voix faussement enjouée si j’ai été satisfait de notre échange. Et moi, lassé de répondre : « oui oui… » par solidarité,  je craque, j’exige que me soit passé le chef, un spécialiste, un responsable. Ils aimeraient pouvoir le faire. Ils ne le peuvent pas. Le logiciel refuse. Je hurle : « – Ecoute bien mon garçon : l’argumentaire que tu me dévides, le kit de conversation qui te sort du gosier, tout a été écrit de A à Z, tu en conviens ? Et tu sais par qui ? – là je me suis mis en conférence audio pour que Gabor en perde pas une miette – tu ferais bien de relire la Typologie de la Clientèle qui doit être rangée dans ton premier tiroir à droite. Elle est de moi, oui, c’est moi qui l’ai écrite quand, comme toi, j’étais vacataire, free lance, intermittent mercenaire au service de la Marque, bombardé responsable junior de je ne sais quelle étude qualitative ou quantitative ou prédictive ou allez vous faire foutre. C’est moi le père de ton foutu laïus. Relis ta bouffonne Typologie de la Clientèle et tu verras que je fais partie du 1% de Prescripteurs AAA+++, me prends plus pour une andouille B ou C, me parle plus avec ce sourire en carton. Et cette fois-ci j’espère bien que notre conversation est enregistrée, écoute bien : tant pis si ça doit me ruiner, mais j’enverrai moi-même une vague de SMS à tous mes contacts racontant cette histoire, avant d’aller me coucher ».

Le 13 août 2010 à 12:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 11

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net, voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 6 - lundi 7 maiUne heure du matin. C’est, enfin, l’arrivée de Ségolène Royal place de la Bastille : la liesse collective redouble. L’élue se hisse sur la scène improvisée, aidée par la main secourable de la chanteuse Carla Bruni, déjà présente à son meeting de campagne à Charléty.  La chanteuse pleure : elle a l’air heureux. Les cadres du Parti socialiste, après quatre heures de débats, ont décidé de quitter enfin la rue de Solferino, pour aller voir. par réflexe, ils rejoindront Ségolène Royal sur scène— après s’être fait, non sans mal, reconnaître par le service d’ordre improvisé. Bénabar et Philippe Torreton, qui chantaient en duo L’effet papillon, s’arrêtent net. Bernard-Henri Lévy, soutien indéfectible de la candidate,  s’empare alors du micro pour annoncer son arrivée. « Mes chers amis ! commence le bouillant intellectuel. Je suis d'une génération qui vu se noyer dans le sang ses idéologies devenues folles. Notre jeunesse, nos utopies, voilà un demi-siècle qu'elles jaunissent avec les ossements du Che, quelque part dans les jungles boliviennes (j'y suis allé). Au San Theodoros, le général Alcazar rêvait de reprendre le pouvoir, sans violence, à son rival Tapioca : on sait ce qu'il advint… » Au bout d’une dizaine de minutes, plusieurs voix, dans le public, manifestent une certaine impatience, à travers de laconiques « Ta gueule ! », ou de plus affables « Arielle, une chanson ». Ségolène Royal prend gentiment le micro des mains du philosophe. Ces images resteront gravées dans les rétines de la jeunesse ségoliste. La future présidente paraît planer dix centimètres au-dessus du sol ; la lune dessine un spot de lumière autour de son corps. Devant elle, une foule de jeunes, surexcités, un peu ivres, rarement blonds. Beaucoup de filles ont jeté leur tee-shirt Vêtimarché pour s’exhiber torse nu, un « YES » triomphal tracé sur les seins. Ils l’ont attendue cinq heures pour faire la fête. « Bonsoir ! lance la présidente. (ovation) Je vais vous parler avec gravité. (ovation) Il est temps d’aller se coucher ! (silence) D’abord, je veux m’excuser auprès des voisins pour tout ce tapage à une heure aussi tardive : la joie ne doit pas empêcher le respect. Aller se coucher, oui ! Pour nous mettre au travail dès demain. Pour mieux participer à la grande tâche collective qui nous attend. Et d’abord, tout de suite, ensemble, nous allons nettoyer cette belle place de la Bastille, lieu de tant de moments forts de notre histoire, pour la laisser telle que vous l’avez trouvée en arrivant. Nous allons tous nous y mettre, sans exception : l’ordre doit être juste. Les dirigeants du Parti socialiste, présents à mes côtés sur cette estrade depuis la victoire, vont montrer l’exemple et s’emparer d’un balai, dans un esprit participatif ! Vous allez voir, c’est amusant. Je demanderai seulement à toutes les jeunes filles, même majeures, de mettre un vêtement sur leur poitrine — car tant que l’on aura pas résolu le problème de la condition féminine, on ne pourra pas s’attaquer au reste. Et je demanderai aux plus âgés, dans un souci d’encadrement éducatif, de faire cesser la consommation d’alcool. Si vous avez le droit de vous amuser ce soir, vous avez le devoir de travailler demain. Des kits de prévention et de protection sont à la disposition de toutes les jeunes femmes au pied de la scène, à côté des balais et des serpillières. La politique autrement, ça commence aujourd’hui ! Je vous donne rendez-vous à toutes, à tous, le 10 mai, pour une grande fête républicaine, familiale et fra-ter-nelle ! » La greffe de la petite a réussi : la France est heureuse.    La suite demain...

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