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Né en 1925 à Long Island dans une famille juive, Lenny Bruce se débarrassa de sa jeunesse en devenant soldat en Europe pendant la Seconde Guerre Mondiale. À son retour du front, il fonda sa propre église et s’autodésigna pasteur ; il fit du porte-à-porte et récolta de l’argent pour une léproserie en Guyana. Le Jésus qu’il proposait n’était pas très convenable, alors la police l’arrêta.
   Son humour iconoclaste et son éloquence n’étant appréciés ni par l’Eglise ni par les tribunaux, il trouva asile dans les cabarets. Il continua ses prêches ; son ambition était de guérir les lèpres du racisme et de l’hypocrisie.
 
La société ne le toléra pas longtemps ; elle n’avait pas encore compris qu’il est plus efficace d’encenser ou d’ignorer les irréductibles. Des policiers arrêtaient Lenny Bruce à la fin de ses représentations. On l’accusait de proférer des obscénités. Pour lui, la seule obscénité c’était le silence. Il s’attaquait à tous les pouvoirs et dévoilait la haine derrière la respectabilité. Il était juif, noir et indien à la fois. Cette guerre contre l’injustice et l’humiliation ne lui laissait aucun répit. Il n’avait pas l’intention de déposer les armes.
   
Sa femme était strip-teaseuse. Lui exhibait son âme. Un abîme le séparait du public. Sur scène, il se trouvait en équilibre ; comme un funambule, il mettait sa vie en jeu en marchant sur un fil. La drogue et l’alcool sont les seuls anges-gardiens sur qui l’on peut compter dans ces cas-là. Bob Dylan a écrit une chanson en hommage à Lenny Bruce où, par une phrase, il dit tout : « Il a combattu sur un champ de bataille où chaque victoire fait mal ».
 
Selon un critique, un de ses rares admirateurs à l’époque, il ne parlait pas : il faisait du jazz. Il improvisait avec sa voix, ses émotions et ses idées. C’est en jouant qu’il se créait. Il découvrait parfois ses monologues au moment même où il les prononçait. Lenny Bruce était un artiste. Dans ses one-man-shows, l’humour se mêlait à la politique, la grâce poétique à la colère. Il se moquait du succès et de la reconnaissance. Les rires et les applaudissements ne l’ont jamais corrompu. Il ne cherchait pas à plaire à n’importe quel prix. Il méprisait les compliments de ceux qui croyaient trouver dans ses spectacles de quoi conforter leur bonne conscience progressiste. Il n’hésitait pas à engueuler et à insulter son public. Une telle indépendance coûte cher : il perdit son métier, sa femme, sa maison.
 
Aujourd’hui la censure n’est plus nécessaire. Les comiques font des sketchs sur le téléphone portable, leurs amours ou la cigarette. On jette Lenny Bruce en prison chaque jour où l’on ne reprend pas son flambeau. Il n’est pas une relique de la génération beatnik. Il fait partie de notre trousse de secours humaniste. Il est vivant si nous le voulons. Je voudrais que l’on se souvienne de lui comme d’un honnête homme. C’est beaucoup moins fascinant que son image de rebelle scandaleux. Non, il n’était pas scandaleux, ni vulgaire. C’était un héritier de La Fontaine et de Chamfort.
  
Laissons-le terminer. À la fin d’un spectacle à New York, il s’adressa ainsi au public : « Je suis désolé si je n’ai pas été très drôle ce soir. Parfois je ne suis pas drôle. Je ne suis pas un comique. Je suis Lenny Bruce ».

 Confs & Perfs 
Sam à 10:45
 
 

"Faisons comme si le copyright n'existe pas", s'est dit un jour le poète américain Kenneth Goldsmith. C'est vrai, si on ne peut jamais voir le film que Samuel Beckett a écrit pour Buster Keaton, si les loueurs de DVD n'ont pas les "Maîtres fous" de Jean Rouch ou "Entr'acte", le film dada de René Clair, Francis Picabia et Eric Satie, il faut absolument les rendre disponibles sur le web. Et faire un appel à contribution à tous ceux qui ont en main de tels trésors pour qu'ils les rapatrient sur UbuWeb.
En 17 ans ce site n'a pas changé le look minimaliste que Goldsmith lui avait donné en 1996. Et il n'a pas pris une ride. D'abord conçu pour héberger de la poésie concrète, il est devenu très vite une mine d'or dédiée à l'avant-garde ou vous pourrez fouiner pendant des heures.  Ils sont tous là : Lenny Bruce, William S. Burroughs, John Cage, Henri Michaux, Dziga Vertov... J'ai enfin vu le film mythique tourné dans une léproserie par la poétesse iranienne Forough Farrokhzad. Feuilleté des revues disparues consultables en pdf. Et écouté, parmi les nombreuses archives audio, l'entretien de Jean-Luc Godard avec Serge Daney.
Bref si vous ne connaissiez toujours pas UbuWeb, ouf, voilà c'est fait.
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Oui, mais pendant ce temps là au


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Je lance ma chronique
sur la piste d'envol

Les p'tits nouveaux
sur la piste d'envol

Anna de Sandre
Anna
de Sandre
Publié le 10/05/2013
 
Clem Mélois
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Mélois
Publié Ven
 
Pétula Fox
Pétula
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Publié Hier
 

Bienvenue aux derniers
chroniqueurs

Après 3 publications sur la piste d'envol, ils viennent de rejoindre les chroniqueurs de ventscontraires.net.
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Ben Dessy
Chroniqueur depuis le 22/04/2013
ventscontraires.net, revue collaborative, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point